Jeunes Tchadiens en aventure : quand la peur de l’échec empêche le retour au pays.

Partir à l’étranger pour réussir et aider sa famille, c’est le rêve de nombreux jeunes Tchadiens. Mais lorsque la réussite espérée n’arrive pas, certains préfèrent rester dans la difficulté loin de leur pays plutôt que de revenir et affronter le regard de leur entourage.

Chaque année, des jeunes quittent le Tchad avec l’espoir de trouver un emploi, de réaliser leurs rêves et d’améliorer les conditions de vie de leurs proches. Malgré les avertissements des parents sur les difficultés du voyage, l’envie de réussir pousse beaucoup à tenter l’aventure.

« Mes parents me disaient de rester, mais je voyais leur souffrance quotidienne. J’ai vu les conditions dans lesquelles j’ai grandi. Bien que les parents ne montrent pas leur détresse, je suis parti pour devenir leur solution et pas pour écouter leurs peurs », raconte Doumdjibaye Judicael, un jeune Tchadien installé au Cameroun depuis deux ans. Passionné de football, il ajoute : « J’aime le football et j’ai voulu réaliser ce rêve de devenir footballeur. C’est pourquoi, avec le peu que j’avais économisé, je suis parti au Cameroun, mais la réalité est différente de ce que je m’imaginais. »

Sur place, certains découvrent une réalité loin des attentes, marquée par le manque d’emploi, de logement et parfois de nourriture. « Les premiers mois ont été un enfer. Il y avait des jours où je n’avais rien à manger, les choses vont de mal en pire », confie Amadou, un autre migrant. « Mais comment appeler ma mère pour lui dire que je dors dehors ? C’est une double souffrance : échouer là-bas et décevoir ceux qui comptaient sur moi. »

Pour certains parents, ces départs restent une source d’inquiétude. Romneloum Halimé, mère de famille au quartier Sabangali, témoigne : « Voir son enfant aller en aventure et ne rien dire, c’est aussi accepter de le voir souffrir. Dans notre quartier, beaucoup de jeunes partent pour chercher à réussir. Ces derniers temps, beaucoup sont partis en Turquie. Peu sont ceux qui réussissent. Beaucoup luttent pour avoir même à manger. Moi, en tant que mère, je ne vais pas laisser mon enfant aller en aventure comme ça. »

Au-delà des difficultés économiques, la peur du jugement devient un obstacle au retour. Pour certains jeunes, revenir sans réussite est synonyme de honte face à la famille et à la communauté. Ils choisissent alors de rester dans la précarité à l’étranger, préférant supporter les difficultés loin des leurs plutôt que d’assumer un échec au pays.

Entre rêve d’une vie meilleure et poids du regard social, l’aventure migratoire devient pour certains jeunes Tchadiens un parcours difficile où le retour semble parfois plus douloureux que la souffrance vécue à l’étranger.

Par WIWA Sidonie

Photo crédit FIGNAL DOSSOL Franck

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