
Du bœuf à la chèvre, en passant par le mouton et le chameau, le cheptel tchadien fournit une quantité importante de peaux et de cuirs. Pourtant, la transformation reste limitée et une partie des peaux est destinée à l’exportation, laissant au pays une faible part de la valeur créée après le tannage et la fabrication des produits finis.
Au Tchad, la peau issue de l’abattage constitue encore une ressource largement sous-exploitée. Elle provient notamment des bovins, ovins, caprins et camelins. Selon l’Agence nationale des investissements et des exportations (ANIE), la collecte s’effectue notamment dans les abattoirs frigorifiques et sur plus d’une cinquantaine d’aires d’abattage recensées.
Mais entre la peau récupérée après l’abattage et le produit fini vendu sur le marché, la chaîne de valeur reste peu développée. Le pays dispose de petits ateliers artisanaux qui fabriquent notamment des sacs, chaussures, ceintures et autres articles en maroquinerie. En revanche, les grandes unités modernes de tannage et de transformation demeurent pratiquement inexistantes,
Des peaux qui prennent encore le chemin de l’extérieur
La réalité est donc contrastée : les peaux sont bien exploitées au Tchad, mais essentiellement à travers la collecte, la conservation, le commerce et une transformation artisanale limitée. Une partie importante entre dans des circuits d’exportation.
Les données disponibles auprès de l’ANIE indiquent notamment l’existence de réseaux de collecte et de transformation destinés à l’exportation. Elles rapportaient, pour 2014, des exportations vers le Nigeria estimées à 900 000 peaux de bovins et 3,5 millions de peaux de petits ruminants. L’agence souligne toutefois que les statistiques d’exportation sont généralement inférieures à la réalité.
Cette situation n’est pas nouvelle. Des documents sur la filière indiquent que les cuirs et peaux tchadiens ont historiquement alimenté des marchés extérieurs, notamment au Nigeria, au Soudan, au Cameroun et en Europe. La fermeture des anciennes structures industrielles de tannage a ensuite laissé davantage de place aux circuits artisanaux et commerciaux.
La valeur se trouve après la peau brute
Le véritable enjeu économique se situe dans la transformation. Une peau brute vendue rapidement rapporte moins qu’un cuir tanné, traité et transformé en chaussure, sac, ceinture, fauteuil ou autre article de maroquinerie.
Autrement dit, le Tchad possède la matière première, mais une grande partie de la valeur économique se crée encore après sa sortie du pays.
Pourtant, le potentiel est considérable. Le recensement général de l’élevage cité par l’ANIE faisait état de plus de 113 millions de têtes de bétail, avec notamment plus de 30 millions de caprins, 26 millions d’ovins et près de 25 millions de bovins.
Ce volume représente une réserve importante de matières premières pour une véritable industrie du cuir.
Transformer localement pour créer des emplois
La mise en place de tanneries modernes et d’unités de fabrication permettrait d’abord de créer des emplois. Trieurs, tanneurs, techniciens, artisans, designers, couturiers, logisticiens et commerçants pourraient intervenir à différents niveaux de la chaîne.
Elle permettrait également de renforcer les revenus des éleveurs et des acteurs de la filière. Une organisation plus structurée de la collecte pourrait améliorer la qualité des peaux et assurer un approvisionnement régulier aux transformateurs.
Les artisans déjà présents montrent que cette activité est possible. À N’Djamena, certains travaillent directement les peaux animales pour fabriquer des articles de maroquinerie. Mais, faute d’équipements modernes et de capacités industrielles suffisantes, leur production reste limitée.
Un intérêt économique pour le Tchad
Pour le pays, l’intérêt serait donc multiple : créer de la valeur localement, diversifier les revenus liés à l’élevage, créer des emplois et développer de nouvelles possibilités d’exportation.
La transformation pourrait également favoriser l’émergence de marques tchadiennes de cuir capables de conquérir les marchés régionaux et, à terme, internationaux. Le Tchad ne serait alors plus seulement fournisseur de peaux, mais pourrait devenir producteur de cuir et de produits finis.
Cette ambition nécessite cependant des investissements importants : équipements de tannage, formation, infrastructures, financement, accès aux marchés et respect des normes environnementales. Le traitement des eaux usées constitue notamment un enjeu majeur pour toute activité industrielle de tannerie.
De l’élevage à l’industrie
Le défi n’est donc pas seulement de produire davantage de bétail. Il consiste à mieux valoriser ce qui est déjà produit. Chaque peau perdue, mal conservée ou vendue sans transformation représente une occasion économique qui échappe à la filière nationale.
L’expérience passée montre d’ailleurs que le Tchad a déjà envisagé des infrastructures industrielles pour cette filière. Un projet de complexe industriel à Djarmaya prévoyait notamment une tannerie capable de traiter quotidiennement des peaux bovines et de petits ruminants, avec l’objectif de valoriser la filière viande, cuir et peau.
La question est désormais celle de la concrétisation : comment passer d’une économie qui vend principalement la matière première à une économie capable de la transformer et de commercialiser des produits finis ?
La peau du bétail tchadien n’est pas une simple sous-production de l’élevage. Elle peut devenir une véritable richesse industrielle. Aujourd’hui, elle est déjà collectée, commercialisée et transformée artisanalement au Tchad, mais une partie importante des volumes reste orientée vers les marchés extérieurs, tandis que les capacités industrielles nationales demeurent limitées.
Pour le Tchad, transformer localement les peaux, c’est donc aller au-delà de l’élevage : c’est créer une nouvelle chaîne de valeur, des emplois et des produits capables de porter le savoir-faire tchadien sur les marchés régionaux et internationaux.

Par WIWA Sidonie
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