
Autrefois, dans de nombreux foyers tchadiens, le rôle de la femme se limitait essentiellement aux tâches ménagères, à la préparation des repas et à l’éducation des enfants, tandis que l’homme était considéré comme l’unique soutien financier de la famille. Si les réalités sociales et économiques ont évolué, cette vision demeure encore dans certains ménages, où des femmes se voient interdire de travailler ou de développer une activité génératrice de revenus.
Bien que de plus en plus de femmes soient diplômées ou souhaitent entreprendre, certaines restent écartées du monde du travail à la demande de leur mari. Pour ces hommes, leur responsabilité est d’assurer seuls les besoins du foyer, tandis que leur épouse doit rester à la maison pour s’occuper des enfants et des tâches domestiques.
« Mon mari m’a dit de rester à la maison. Selon lui, je ne dois pas travailler ni exercer une activité génératrice de revenus. Il estime que c’est à lui seul de subvenir aux besoins de sa famille. Pourtant, j’ai un diplôme et j’aimerais travailler ou entreprendre pour contribuer aux dépenses du foyer et mettre mes compétences au service de ma famille », confie Somté.
Le même constat est partagé par Mademadji Élodie, mère d’un enfant. « En 2022, je suis tombée enceinte et ma famille a décidé que j’aille vivre avec le père de mon enfant. Après mon accouchement, il m’a demandé de rester à la maison pour m’occuper du bébé. Aujourd’hui, l’enfant a grandi, mais il refuse toujours que je travaille ou que je reprenne mes études. Il dit que, si je vais à l’école, je ne vais pas étudier mais faire des désordres, parce que je suis jeune. Il me répète souvent que la vraie place de la femme est à la cuisine. »
Pour Jeans Jack Gaspar Togdjim, père de famille de 58 ans, cette manière de voir les choses appartient désormais au passé. « Autrefois, il était admis qu’une femme devait s’occuper de la maison, de la cuisine et de son mari, sans exercer d’activité professionnelle. Mais aujourd’hui, les femmes accomplissent les mêmes tâches que les hommes dans de nombreux domaines. Si certains refusent encore de les voir travailler, c’est davantage par jalousie que par nécessité. »
Entre héritage culturel, évolution des mentalités et contraintes économiques, la place de la femme dans le monde du travail continue d’alimenter les débats. À l’heure où de nombreux ménages font face à la hausse du coût de la vie, la participation des femmes aux revenus du foyer apparaît, pour beaucoup, comme un levier de stabilité plutôt qu’une remise en cause du rôle de chacun.
Par SOLOUMTA Abigael