
Au Tchad, de nombreux enfants sont confiés à des proches pour aller à l’école et avoir une vie meilleure. Mais pour certains « enfants restés », la réalité est tout autre. Ils passent leurs journées à faire les travaux de la maison et subissent souvent des violences et des privations.
Dans de nombreuses familles tchadiennes, il est courant de confier un enfant à un oncle, une tante ou un autre membre de la famille vivant en ville. L’objectif est de lui permettre de poursuivre ses études et de bénéficier de meilleures conditions de vie. Ces enfants sont appelés les « enfants restés ». Mais, dans certaines familles, ils ne sont pas traités comme les autres enfants.
C’est le cas d’un jeune garçon qui vit chez sa tante à Ardepdjoumal. Il a accepté de témoigner sous couvert d’anonymat. Il raconte qu’avec sa grande sœur, ils se lèvent tous les jours à 5 heures du matin pour balayer la cour, laver les ustensiles, préparer le petit-déjeuner et faire presque tous les travaux de la maison. « Nous travaillons toute la journée. Si nous faisons une petite erreur, nous sommes frappés. On nous accuse souvent de vol et il nous arrive de passer la journée sans manger. Parfois, nous allons discrètement chez les voisins pour avoir quelque chose à manger », raconte-t-il.
Voisine de la famille, NDADENOUBA Nely dit assister régulièrement à cette maltraitance. « Ces enfants travaillent du matin au soir sans repos. La jeune fille cuisine tous les jours, mais si le repas ne plaît pas à leur tante, elle la frappe. Plusieurs fois, j’ai dû intervenir pour arrêter les coups. Il m’arrive aussi de cacher les enfants chez moi pour qu’ils puissent manger », témoigne-t-elle.
Selon Nely, cette situation n’est pas un cas isolé. Dans plusieurs familles, des « enfants restés » sont utilisés comme des domestiques. Ils font le ménage, la cuisine, la lessive et d’autres corvées, sans bénéficier des mêmes droits ni de la même affection que les autres enfants de la maison.
Pourtant, lorsque des voisins ou des proches essaient de sensibiliser les familles, ils sont souvent mal accueillis. Certains répondent que personne n’a le droit de leur dire comment élever les enfants qui vivent chez eux.
Les « enfants restés » ne devraient pas être victimes de la solidarité familiale. Les accueillir dans une famille doit être un acte de protection et d’amour, et non une occasion de les exploiter. Chaque enfant a droit au respect, à l’éducation, à une alimentation suffisante et à une vie digne, quel que soit le foyer dans lequel il grandit.
Par Moustapha KOUNDE KOI-ASSAL