Tchad : quand la mémoire du défunt se heurte aux luttes familiales.

Au Tchad, le rite funéraire dépasse largement la simple dimension religieuse ou spirituelle, il constitue un moment où la famille et la communauté se rassemble pour honorer la mémoire du défunt, et réaffirmer le lien profondément ancré dans la tradition.

Ce moment de recueillement révèle néanmoins une réalité complexe lorsqu’il s’agit du partage des biens du défunt. Ce qui peut créer des tensions et marginaliser les enfants, parfois au point de compromettre leur avenir.

Le jour de ‘l’ouverture de porte », qui survient après le recueillement et les conseils familiaux, devient souvent le théâtre de luttes silencieuses, où certains membres influents de la famille s’approprient les biens du défunt au détriment des héritiers légitimes, notamment les enfants, qui peuvent se retrouver totalement exclus malgré leur statut légal. Cette marginalisation peut affecter leur accès à l’éducation, leur sécurité matérielle et leur développement personnel, transformant un moment censé symboliser la solidarité et le respect en un espace où rivalité, jalousie et malentendus prennent le pas sur la mémoire du disparu.

Les conséquences sociales de ces pratiques sont immédiates et visibles, avec des conflits entre frères et sœurs, tensions intergénérationnelles et contestations autour de la gestion des biens, qui peuvent durer des années et fragiliser durablement la cohésion familiale. À plus long terme, l’exclusion des enfants du processus de succession contribue à la reproduction des inégalités, accentue la pauvreté intergénérationnelle et menace la stabilité sociale, en particulier lorsque les pratiques coutumières l’emportent sur le droit civil, laissant les plus vulnérables dans une situation de précarité prolongée.

Pour limiter ces fractures et protéger les générations futures, il est essentiel d’encourager la formalisation des successions auprès des autorités légales, de sensibiliser les familles à la législation en vigueur, et de promouvoir le dialogue au sein des conseils familiaux afin que chaque héritier, même le plus jeune, bénéficie de ses droits.

Cette approche permet de concilier respect des traditions, protection des enfants et maintien de la cohésion sociale, tout en garantissant que le deuil reste un moment de rassemblement et de mémoire plutôt qu’une source de conflit.

Par ASRA Steve.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *