
L’histoire des Daï est profondément enracinée dans le peuplement du sud du Tchad. Contrairement à certaines théories qui évoquent des migrations venues de contrées lointaines, les récits transmis de génération en génération situent leur origine dans une zone locale, précisément le village de Bouna, près de Sarh, considéré comme le principal foyer de leur dispersion.
A nos jours installés principalement dans la région du Mandoul, autour des villes de Koumra, Bedjondo et Bangoul, les Daï (Daye) trouvent leurs racines dans un ancien foyer situé dans le bassin du Moyen-Chari. L’histoire de ce peuple, qui mêle traditions orales et recherches historiques, raconte une dynamique de dispersion progressive, loin d’une migration lointaine.
Dans le bassin du Chari, les clans fondateurs, tels que les Daye Ndjira et les Daye Rourou, forment la base des racines ancestrales des Daï. À partir de ce noyau, le groupe a progressivement migré sur de courtes distances, cherchant des terres fertiles et des espaces propices à l’agriculture et à la chasse. Ce mode de vie itinérant, caractéristique de la région, explique sans doute l’origine du nom « Daye », souvent interprété comme « ceux qui se déplacent ».
L’installation des Daï dans les régions de Koumra, Bedjondo et Bangoul s’inscrit dans un mouvement progressif et continu plutôt que dans un événement fondateur unique. Bien avant le XVIIIe siècle, ces territoires étaient déjà occupés par des communautés Daï, organisées en chefferies autonomes, structurées autour de liens claniques solides et de rites d’initiation marquants.
Les déplacements de la population se sont intensifiés au XIXe et au début du XXe siècle, principalement sous l’effet des conflits locaux. La guerre de Bouna, survenue en 1929, constitue l’un des épisodes les plus marquants de cette histoire, provoquant une dispersion accrue vers le Mandoul et le Moyen-Chari, consolidant ainsi leur présence dans ces régions.
Au fil du temps, plusieurs sous-groupes ont émergé, tels que les Daye de Bouna, descendants des premiers habitants, les Daye Ngalo, liés au centre religieux de Bendanga, et les Daye Bangoul, désormais solidement établis dans leur canton.
Culturellement, les Daï appartiennent au groupe linguistique Bua de la famille Niger-Congo et font partie de l’ensemble plus large des populations « Sara-Daï ». Agriculteurs et chasseurs, ils ont su préserver une identité forte, fondée sur les traditions ancestrales et les liens claniques, malgré les évolutions sociales et historiques.
Loin d’être le récit d’une migration lointaine, l’histoire des Daï est celle d’un enracinement profond et d’une expansion continue à l’intérieur du sud du Tchad. De Bouna aux plaines du Mandoul, leur parcours témoigne d’une adaptation constante aux réalités locales, faisant des Daï un peuple indissociable de son territoire et de son histoire. Aujourd’hui, cette histoire vivante continue de façonner l’identité de la communauté, un acteur essentiel du tissu social et culturel du Tchad.
Par Moustapha KOUNDE.