
À N’Djamena, l’entrepreneuriat ne se limite pas aux bureaux, aux boutiques ou aux jeunes startups. Sur les bords des routes, dans les quartiers populaires talques Kabalaye ou Gassi comme dans les zones en construction, une autre forme d’initiative économique s’impose : celle de femmes et d’Hommes qui, à la force des bras, transforment des déchets de construction en une source de revenu.
Sous le soleil brûlant, on aperçoit régulièrement des personnes âgées, des jeunes, des mères de famille penchés sur des blocs de ciment, marteau à la main. Leur objectif, casser des briques et fragments de béton pour les réduire en gravier réutilisable. Un travail dur, mais qui nourrit son monde.
« Un petit métier, mais qui nous fait vivre » témoigne Abdallah Tahir, concasseur venu de Mongo pendant son jeune âge pour vivre à N’Djamena. Après être inscrit à l’école coranique, où il était difficile pour lui de joindre les deux bouts, Tahir a dû chercher des moyens pour survivre. « C’est comme ça que j’ai découvert ce travail », confie-t-il.
Le métier du concassage, cette activité consiste à récupérer des morceaux de briques issus des bâtiments écroulés ou démolis afin de les réduire en petit morceau. Une fois rassemblés, Abdallah et ses collègues les réduisent en mille fragments pour remplir des sacs vendus entre 2 500 et 3 000 francs CFA.
« C’est un petit métier, peu considéré, mais derrière ça, il y a une manière de gagner honnêtement sa vie », ajoute-t-il. Les clients, eux, achètent ce gravier artisanal pour aménager la devanture de leur maison ou pour des travaux de bricolage et pour bien d’autres usages personnels.
Dans un contexte où l’emploi formel est rare, ces initiatives individuelles montrent la capacité d’adaptation extraordinaire des populations de N’Djamena. Cet entrepreneuriat du quotidien, souvent ignoré, démontre pourtant une économie populaire vivante, créative et résiliente.
Loin des projecteurs, des plans d’affaires et des incubateurs, l’entrepreneuriat urbain de N’Djamena continue de façonner la ville et de faire vivre des familles entières. Casser des briques peut sembler insignifiant, mais pour Abdallah et tant d’autres, c’est la preuve qu’avec volonté, courage et ingéniosité, chaque fragment peut devenir une opportunité.


Par Moustapha KOUNDE KOI-ASSAL