
Dans plusieurs quartiers de N’Djamena, les ateliers de réparation de motos ne désemplissent pas. Chaque jour, des dizaines de conducteurs viennent faire réparer une crevaison ou remplacer une chambre à air endommagée. En règle générale, la réparation d’un trou coûte 500 francs CFA. Lorsque plusieurs perforations sont découvertes, le prix augmente en fonction du nombre de réparations à effectuer ou, si la chambre à air est trop abîmée, le mécanicien propose son remplacement.
Si cette activité permet à de nombreux jeunes de gagner leur vie, elle est aussi marquée par une difficulté récurrente : le manque de confiance de certains clients.
À Chagoua, Abakar Zakaria Bakhit exerce le métier de mécanicien après avoir été formé par son oncle. Il explique que les crevaisons représentent une grande partie de son activité quotidienne.
« Je suis Abakar Zakaria Bakhit. J’ai appris ce métier auprès de mon oncle, qui m’a transmis tout son savoir-faire. Ici, à N’Djamena, les crevaisons ne manquent pas. Certains jours, nous réparons entre quinze et vingt motos. Une chambre à air avec un seul trou coûte 500 francs. Si nous trouvons plusieurs trous, le prix change ou nous proposons au client de remplacer la chambre à air lorsqu’elle est trop abîmée. »
Mais, selon lui, le plus difficile n’est pas la réparation elle-même. Ce sont les réactions de certains clients qui refusent de croire au diagnostic du mécanicien.
« Un jour, après avoir vérifié la chambre à air d’un client, j’ai trouvé deux trous. Quand je lui ai expliqué, il s’est immédiatement mis en colère. Il m’a traité d’escroc et m’a accusé d’avoir percé moi-même un deuxième trou pour lui prendre plus d’argent. Pourtant, je n’avais fait que mon travail. Je lui ai proposé d’aller voir un autre mécanicien s’il ne me faisait pas confiance, mais il a refusé et a exigé que je répare sa moto. La discussion a duré plusieurs minutes avant que des personnes interviennent pour calmer la situation. Finalement, mon oncle a préféré remplacer la chambre à air afin d’éviter que le conflit ne dégénère. »
Le jeune mécanicien affirme que de telles situations ne sont pas rares. Face aux difficultés financières de certains clients, il lui arrive même de réparer deux trous au prix d’un seul afin de leur rendre service.
« Il y a des personnes qui n’ont pas suffisamment d’argent. Quand je trouve deux trous, il m’arrive de réparer les deux pour seulement 500 francs. Malgré cela, certains continuent de penser que nous voulons les tromper. Si je n’étais pas patient, j’aurais déjà abandonné ce métier. »
Au-delà de la réparation des motos, cette réalité met en évidence la relation parfois difficile entre prestataires de services et clients. Pour plusieurs mécaniciens, une meilleure confiance permettrait de réduire les tensions et de valoriser un métier qui demande de l’expérience, de la patience et de l’honnêteté.
Chaque jour, ces artisans participent au bon fonctionnement des déplacements dans la capitale. Pour eux, être reconnu pour leur travail et exercer dans un climat de respect est tout aussi important que la réparation elle-même. Restaurer la confiance entre mécaniciens et clients apparaît ainsi comme un défi essentiel pour apaiser les relations et valoriser un métier indispensable au quotidien des usagers de la route.
Par M.KOUNDE KOI-ASSAL
Photo M.KOUNDE KOI-ASSAL