L’école de la natte : au cœur des veillées traditionnelles du Tchad d’autrefois.

À une époque pas si lointaine, la tombée de la nuit au Tchad annonçait le rassemblement familial au cœur de la concession. Sous le ciel étoilé, petits et grands s’installaient sur une natte pour écouter les anciens raconter les histoires du village.

Aujourd’hui, les récits qui enseignaient aux enfants le courage, le respect et la droiture se font de plus en plus rares. La « voix des ancêtres », qui servait de boussole morale aux jeunes générations, peine désormais à se faire entendre dans le tumulte de la modernité. En fin de journée, les familles se retrouvaient sur la natte et la voix de la grand-mère s’élevait pour donner vie aux animaux de la brousse. Ce moment n’était pas qu’une simple distraction, c’était la première école de la vie, un espace unique où l’imagination forgeait le caractère et où chaque récit portait en lui les racines de notre identité.

Remadji Victorine s’en souvient encore : « Les histoires du lièvre m’ont appris la vraie sagesse. Grâce à elles, j’ai compris qu’il faut toujours analyser une situation avant d’agir et savoir repérer la méfiance de la hyène chez les autres pour éviter les pièges du quotidien. » Le lion, roi de la forêt, incarnait quant à lui l’autorité et la justice.

Rimoudal Éric explique l’impact de ce personnage sur son parcours : « C’est le lion qui a forgé mon caractère. Ses histoires m’ont enseigné le leadership, le respect des autres et le sens des responsabilités. Ce que j’ai appris sous les étoiles guide encore aujourd’hui ma façon de diriger. »

Neloumta Rose, mère de famille âgée de 59 ans, raconte : « Quand nous étions jeunes, à la tombée de la nuit, nous nous réunissions sous la lune, au pied de notre grand-père ou de notre grand-mère, qui nous racontait des histoires. Elles nous faisaient parfois peur, mais elles nous éduquaient aussi. Je me souviens encore, comme si c’était hier, de l’histoire d’un homme frappé par la foudre alors qu’il s’était abrité sous un manguier. La foudre avait fendu l’arbre en deux et atteint l’homme. Cette histoire nous avait tellement marqués que nous évitions de rester sous un arbre lorsqu’il pleuvait. »

« Aujourd’hui, avec cette génération, tout a changé. À la tombée de la nuit, les jeunes sont devant la télévision ou occupés à d’autres activités. Nous, les parents, ne prenons plus le temps de les réunir pour faire perdurer cet héritage de récits », ajoute Mama Rose.

Cette méthode d’enseignement, fondée sur le dialogue entre les générations et la transmission orale, constituait l’un des piliers de la société tchadienne. Si les modes de vie évoluent, le souvenir de ces veillées demeure gravé dans la mémoire de ceux qui les ont vécues, comme une véritable boussole morale. Une question reste posée : quelle sagesse guidera les générations futures si le fil de l’oralité et la voix des anciens finissent par s’éteindre ?

Par MADJIEI Grace

Photo Moustapha KOUNDE KOI-ASSAL

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *