Photo prise par WIWA Sidonie au marché de Dembé vers les vendeurs des fripéries.

À N’Djamena, la vente de vêtements de seconde main, communément appelée « gondja », dépasse le simple commerce de vêtements à bas prix. Du Grand Marché au marché de Dembé, cette activité attire de nombreux jeunes et permet à plusieurs familles de disposer d’un revenu quotidien.
Une activité qui commence tôt
La journée des vendeurs de friperie commence souvent avant l’ouverture des étals. Certains se rendent directement auprès des grossistes pour choisir leurs marchandises. D’autres travaillent à partir de commandes de clients.
Au Grand Marché, notamment dans les espaces consacrés à la friperie, les ballots sont ouverts et les vêtements triés avant d’être proposés aux détaillants. Le marché de Dembé constitue également un point important pour les vendeurs et les acheteurs. Des sources locales rapportent que de nombreux jeunes s’y rendent tôt pour sélectionner les meilleures pièces.
Une fois les vêtements achetés, certains vendeurs les lavent, les sèchent, les trient puis les présentent dans des paniers ou sur des étals. D’autres les transportent directement vers les quartiers pour les vendre.
Adneli Pascaline, vendeuse de « gondja », décrit son quotidien :
« Je pars au marché, j’achète, je rentre et je les lave. Une fois séchés, je les mets dans des paniers et je pars pour la vente. Je vais de maison en maison. Maintenant, j’ai des clients qui m’appellent quand ils ont besoin de quelque chose. »
Des vêtements venus de loin
Derrière les vêtements exposés dans les marchés de N’Djamena se trouve toute une chaîne d’approvisionnement. Une partie de la friperie vendue au Tchad provient de l’étranger. Selon un vendeur interrogé par l’Agence tchadienne de presse et d’édition, certains ballots commercialisés dans la capitale proviennent de plusieurs pays européens et transitent par le port de Douala, au Cameroun.
Le Cameroun joue en effet un rôle important dans le commerce régional de la friperie. En 2025, le pays a importé environ 73 000 tonnes de vêtements, chaussures et autres articles d’occasion, principalement par le port de Douala. Une partie de ces marchandises alimente ensuite les circuits commerciaux de la sous-région.
Pour le Tchad, pays sans accès à la mer, Douala constitue également une importante porte d’entrée pour les marchandises importées. Les vêtements arrivent ainsi dans la capitale après leur passage par les circuits de transport et de commerce régionaux.
Le Grand Marché et Dembé, points de départ pour de nombreux jeunes
À N’Djamena, le Grand Marché et le marché de Dembé figurent parmi les lieux où les jeunes viennent chercher leur marchandise.
Au marché de Dembé, les vendeurs se retrouvent autour des ballots pour choisir les vêtements qu’ils pourront ensuite revendre dans les quartiers ou dans la rue. Le même mouvement est observé au marché central, où les jeunes viennent rechercher des articles accessibles à leur pouvoir d’achat.
Pour certains, il s’agit d’un commerce organisé autour d’une clientèle déjà connue. Les vendeurs peuvent recevoir des appels pour rechercher une chemise, un pantalon, une robe ou une paire de chaussures particulière.
Cette proximité avec les clients permet à certains petits commerçants de travailler sans boutique. Ils se déplacent de maison en maison ou installent leurs marchandises dans des lieux très fréquentés.
Une source de revenus pour les familles
Au-delà de la vente de vêtements, la friperie représente pour plusieurs ménages une source de revenus réguliers.
Adneli Pascaline explique que cette activité lui permet de participer aux dépenses du foyer :
« Grâce à mon activité, j’arrive à aider mon mari pour les besoins de la maison, notamment la nourriture et la scolarité des enfants. »
Une autre commerçante souligne également l’importance de ces revenus dans son quotidien :
« Cette activité me permet de gagner un peu d’argent chaque jour. Avec ce que je gagne, je peux participer aux dépenses de ma famille et répondre à certains besoins. »
Les revenus restent toutefois variables. Ils dépendent notamment du prix d’achat des ballots, de la qualité des vêtements et du nombre de ventes réalisées dans la journée.
Une porte d’entrée dans le commerce pour les jeunes
Pour de nombreux jeunes N’Djamenois, la friperie constitue aussi une manière de générer des revenus en attendant une autre opportunité professionnelle.
Des diplômés sans emploi se tournent vers cette activité pour éviter de rester sans source de revenus. Des témoignages recueillis à N’Djamena montrent que certains jeunes ont commencé la vente de vêtements d’occasion après leurs études, faute d’avoir trouvé un emploi.
Koumakang, jeune vendeur, raconte :
« J’ai commencé à vendre les vêtements de seconde main pour avoir une activité. Cela me permet de gagner de l’argent et de prendre en charge certaines de mes dépenses. »
Cette situation explique en partie la présence croissante de jeunes autour des marchés de friperie de la capitale.
Des prix qui attirent les acheteurs
La clientèle ne se limite pas aux vendeurs. Les marchés de friperie attirent également des étudiants, des familles et des personnes à la recherche de vêtements moins coûteux.
À Dembé comme au Grand Marché, les acheteurs peuvent fouiller les tas de vêtements à la recherche d’une pièce correspondant à leur budget. Des témoignages recueillis auprès de jeunes montrent que le prix constitue l’une des principales raisons de leur fréquentation de ces marchés.
La friperie permet ainsi à certains consommateurs de s’habiller avec des moyens limités, tout en offrant aux revendeurs la possibilité de réaliser une marge sur leurs achats.
Un commerce qui reste fragile
Malgré son importance dans la vie quotidienne, cette activité reste largement informelle. Les vendeurs doivent composer avec la concurrence, les variations des prix de gros et l’incertitude des ventes.
Certains doivent également consacrer une partie de leur temps au lavage, au séchage, au tri et à la réparation des articles avant leur revente. Pour les chaussures, par exemple, des vendeurs nettoient et réparent les pièces avant de les remettre sur le marché.
La friperie repose donc sur plusieurs petits métiers : importation, grossiste, tri, lavage, réparation, transport et vente au détail.
À N’Djamena, le « gondja » s’est installé dans les habitudes de consommation et dans les stratégies de revenus de nombreux ménages. Du Grand Marché au marché de Dembé, les vêtements passent entre les mains des grossistes, des revendeurs et des clients.
Pour certains jeunes, cette activité représente un moyen de gagner leur vie. Pour les familles, elle constitue une source de revenus. Pour les acheteurs, elle offre surtout la possibilité de s’habiller à moindre coût.
Derrière chaque vêtement vendu se trouve ainsi une petite chaîne commerciale qui relie les marchés de N’Djamena aux circuits d’approvisionnement de la sous-région.
Des pantalon etalé sur une corde sous un bache au marché pour bien exposer les ariticles et sur une table aussi. Par WIWA Sidonie

Par WIWA Sidonie