Photo prise par WIWA Sidonie au marché Dembé montrant les produits venant d’ailleur.

Dans les marchés, les boutiques et les commerces tchadiens, les produits venus de l’étranger occupent une place importante. Vêtements, chaussures, produits alimentaires, cosmétiques, meubles, accessoires ou petits équipements répondent à une demande bien réelle. Mais derrière cette présence massive se pose une question économique : que révèlent ces importations sur les besoins du marché tchadien et sur les possibilités de production locale ?
Une consommation qui révèle des besoins
L’importation répond d’abord aux habitudes et aux attentes des consommateurs. Lorsqu’un produit étranger trouve facilement sa place dans les commerces, c’est souvent parce qu’il répond à un besoin que l’offre locale ne couvre pas suffisamment, en termes de prix, de disponibilité, de qualité ou de diversité.
Ces produits constituent ainsi une sorte de miroir de la consommation. Ils permettent d’observer ce que les Tchadiens achètent, à quels prix et dans quels secteurs l’offre locale reste limitée.
Pour un entrepreneur, cette réalité peut devenir un point de départ. Avant même de créer un produit, il est possible d’observer les rayons, les marchés et les habitudes d’achat pour identifier les besoins qui ne sont pas encore suffisamment satisfaits.
De l’importation à la création de valeur
La question n’est toutefois pas de remplacer systématiquement les produits importés par des produits fabriqués au Tchad. Certains biens nécessitent des équipements, des matières premières ou des technologies qui ne sont pas immédiatement disponibles sur place.
L’opportunité peut donc se situer à différents niveaux : transformation, assemblage, conditionnement, distribution ou création d’une marque locale.
Un produit alimentaire importé peut, par exemple, conduire un entrepreneur à rechercher une matière première disponible localement et à développer une activité de transformation. De même, certains produits peuvent être assemblés ou conditionnés au Tchad avant leur commercialisation.
L’enjeu est de faire en sorte qu’une partie de la valeur liée à la consommation reste dans l’économie nationale.
Le Made in Chad face à la réalité du marché
Produire localement ne garantit cependant pas le succès commercial. Un produit fabriqué au Tchad doit pouvoir répondre aux attentes des consommateurs.
Le prix reste un facteur déterminant, mais il n’est pas le seul. La qualité, la disponibilité, l’emballage, la présentation, la régularité de l’offre et la confiance accordée à la marque peuvent également influencer la décision d’achat.
Le développement du « Made in Chad » passe donc aussi par la capacité des entreprises locales à comprendre le marché et à proposer des produits compétitifs. L’origine locale peut constituer un avantage, mais elle ne dispense pas de répondre aux exigences du consommateur.
Des opportunités, mais aussi des contraintes
Identifier un produit fortement importé ne signifie pas automatiquement qu’il existe une entreprise rentable à créer autour de celui-ci.
L’entrepreneur doit examiner plusieurs paramètres : le coût des matières premières, les équipements nécessaires, l’énergie, le transport, la main-d’œuvre, le financement, la fiscalité et les coûts de distribution. À cela s’ajoute la capacité à produire en quantité suffisante et avec une qualité constante.
Le marché doit également être étudié. Combien de personnes achètent le produit ? À quelle fréquence ? À quel prix ? Qui sont les concurrents ? Quelles sont leurs forces ? Et surtout, le consommateur accepterait-il une alternative produite localement ?
Ces questions permettent de passer d’une simple intuition à une véritable étude de marché.
Transformer les habitudes de consommation en opportunités
Dans cette perspective, les importations peuvent servir d’indicateur aux entrepreneurs. Elles montrent les secteurs où la demande existe déjà et où l’offre locale pourrait éventuellement être renforcée.
Cette approche peut concerner aussi bien l’agroalimentaire que le textile, les meubles, les produits d’hygiène, les emballages ou certains petits équipements. Dans chaque secteur, l’objectif est de rechercher ce qui peut être produit, transformé ou valorisé localement dans des conditions économiquement viables.
Il ne s’agit donc pas de considérer chaque produit importé comme un produit à remplacer. L’enjeu est plutôt d’identifier les espaces où une entreprise tchadienne peut apporter une réponse adaptée au marché.
Produire davantage, mais surtout créer de la valeur
La réflexion sur les importations dépasse ainsi la seule question de la consommation. Elle renvoie à la capacité de l’économie tchadienne à transformer une partie de cette demande en activités productives.
Lorsqu’un produit est importé, sa valeur est principalement créée en dehors du pays. Lorsqu’une partie de sa fabrication, de sa transformation ou de son conditionnement est réalisée localement, de nouvelles activités peuvent apparaître autour de la production : emplois, transport, emballage, distribution, commercialisation et services associés.
C’est dans cette chaîne que se trouve une partie du potentiel entrepreneurial.
Un marché à observer avant de le conquérir
Les marchés tchadiens ne sont donc pas seulement des lieux de consommation. Ils peuvent aussi constituer des espaces d’observation pour ceux qui souhaitent entreprendre.
Les produits qui se vendent, les prix pratiqués, les préférences des consommateurs et les difficultés rencontrées par les commerçants donnent autant d’informations sur les besoins de l’économie.
L’enjeu pour les entrepreneurs n’est pas de fermer la porte aux importations, mais de regarder ce qu’elles révèlent. Derrière certains produits venus de l’extérieur peuvent se trouver des possibilités de transformation, de production ou de services encore peu exploitées.
Au Tchad, la question pourrait alors être moins de savoir combien de produits sont importés que de comprendre lesquels peuvent devenir, demain, le point de départ d’une nouvelle activité locale.

Par YEDANG Viviane