
Ce jeudi 26 février dans la salle bleue de l’ONAMA, l’artiste tchadien Afrotronix a procédé au lancement officiel de son nouvel album Köd par conférence de presse. L’événement s’est imposé comme une véritable déclaration artistique et identitaire, mêlant performance, réflexion et engagement en faveur de la culture africaine.
La cérémonie s’est ouverte par une entrée solennelle de l’artiste, installant une atmosphère à la fois festive et symbolique. Un groupe de jeunes danseurs a ensuite exécuté une danse gurna, avant qu’une brève performance de l’artiste Razolo, à la flûte et au tambour, ne capte l’attention du public pour introduire la prise de parole.
S’exprimant en langue sara dès les premiers mots, Afrotronix a tenu à saluer sa mère, Monique Rimtobaye, présente dans la salle, un geste fort, illustrant son attachement aux racines et à la transmission familiale. Revenant sur la symbolique du tam-tam, il a expliqué : « Le tam-tam tapé par Razolo renvoie à nos parents qui l’utilisaient pour transmettre des codes et faire passer des messages », établissant ainsi un lien direct avec le concept de l’album.
Au cœur de son intervention, l’artiste a plaidé pour une revalorisation des langues et des cultures africaines. Il a appelé la jeunesse tchadienne à s’accepter, à s’aimer et à promouvoir ses traditions. « Nous sommes obligés d’utiliser la langue française, mais il faut commencer par utiliser nos langues maternelles », a-t-il déclaré, suggérant même que les responsables publics ouvrent leurs discours par quelques mots dans leur langue d’origine afin d’en mesurer l’impact symbolique.
Dans la foulée, il a invité les journalistes à faire de même. Une invitation aussitôt suivie d’effet : plusieurs professionnels des médias ont débuté leurs interventions par des salutations en langues nationales.
Parmi les sources d’inspiration majeures de Köd, figure le Gurna, présenté comme l’un des peuples les plus résilients. L’album s’inscrit dans une vision afro-futuriste assumée, où modernité et traditions dialoguent sans complexe. « Je ne veux pas me sentir gêné quand je parle mal une autre langue, mais plutôt quand je ne connais pas ma culture ou que je parle mal ma propre langue », a-t-il affirmé, invitant chaque Africain à devenir un « panneau publicitaire » de sa culture.
Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres de la République française, distinction attribuée par le ministère français de la Culture alors dirigé par Rima Abdul Malak, Afrotronix incarne un pont entre les continents et les héritages culturels.
En clôture, l’artiste a annoncé une tournée nationale prévue fin mai et en juin, avec plusieurs dates à travers le Tchad, prolongeant ainsi le message de Köd au-delà.



Par TCHOPONE Pascal.