Tchad : le maraîchage de berge, une économie qui prend racine dans les champs.

Le long du fleuve Chari, du Logone et autour du lac Tchad, les cultures maraîchères ne nourrissent plus seulement les familles. Elles font vivre des milliers de producteurs, alimentent les marchés, créent des emplois et participent à l’économie locale. Une agriculture vivrière qui, au fil des saisons, devient un véritable levier de revenus pour de nombreux ménages.

Aux premières heures de la journée, les berges du fleuve Chari s’animent. Hommes, femmes et jeunes s’activent dans les parcelles verdoyantes où poussent tomates, oignons, laitues, piments, gombos ou encore carottes. Derrière ces cultures destinées à approvisionner les marchés se cache une activité qui dépasse aujourd’hui le simple cadre de l’autoconsommation. Pour de nombreuses familles tchadiennes, le maraîchage de berge est devenu une véritable source de revenus.

Pendant longtemps, les cultures vivrières pratiquées au bord des cours d’eau avaient principalement pour objectif de nourrir les ménages. Mais avec les effets du changement climatique, l’irrégularité des pluies et les difficultés rencontrées par l’agriculture pluviale, ces terres fertiles sont devenues des espaces de production particulièrement recherchés. Grâce à la proximité de l’eau et à la richesse des sols après la décrue, les producteurs peuvent cultiver pendant la saison sèche, une période où les récoltes se font plus rares dans d’autres régions.

Cette activité joue désormais un rôle important dans l’économie des ménages. La vente quotidienne des légumes procure des revenus qui permettent aux familles de faire face aux dépenses essentielles. Les recettes issues des récoltes servent à payer la scolarité des enfants, les soins de santé, les loyers ou encore à investir dans de nouvelles campagnes agricoles. Pour beaucoup de producteurs, le maraîchage représente aujourd’hui leur principale source de revenus.

Au-delà des exploitants agricoles, toute une économie se développe autour de cette production. Des jeunes trouvent du travail dans les champs, des femmes assurent le tri et la commercialisation des produits, tandis que des transporteurs acheminent chaque jour les récoltes vers les marchés de N’Djamena et d’autres centres urbains. Les détaillants, restaurateurs et vendeuses de légumes dépendent également de cette chaîne d’approvisionnement qui fait vivre de nombreux acteurs.

L’impact se ressent aussi dans les marchés. Grâce à la disponibilité des légumes tout au long de la saison sèche, les consommateurs continuent de s’approvisionner en produits frais, limitant ainsi les pénuries et les fortes hausses de prix. Le maraîchage de berge contribue ainsi à renforcer la sécurité alimentaire tout en soutenant le pouvoir d’achat des ménages.

Malgré cette dynamique, les producteurs restent confrontés à plusieurs difficultés. L’accès aux semences améliorées demeure limité, les équipements d’irrigation sont souvent insuffisants et les moyens de conservation des produits restent peu développés. À cela s’ajoutent les coûts de transport, les pertes après récolte et les variations du niveau des eaux, qui peuvent compromettre une partie des productions.

Face à ces défis, de nombreux acteurs estiment que cette filière mérite davantage d’investissements. L’amélioration de l’accès aux intrants agricoles, le développement des infrastructures de stockage, la modernisation des systèmes d’irrigation et un meilleur accompagnement des producteurs permettraient d’accroître les rendements et les revenus.

Longtemps considérée comme une simple agriculture de subsistance, la culture maraîchère de berge s’impose progressivement comme un secteur économique à part entière. En générant des emplois, des revenus et une activité commerciale continue, elle démontre que les cultures vivrières ne nourrissent pas seulement les familles : elles participent aussi au développement économique de nombreuses communautés tchadiennes et contribuent, chaque jour, à faire vivre des milliers de ménages.

Par WIWA Sidonie

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