Carburant à N’Djamena : les détenteurs de groupes électrogènes peinent à s’approvisionner. AL YONANI CO., LTD

À N’Djamena, la restriction de la vente de carburant dans les bidons complique le quotidien de nombreux usagers qui dépendent des groupes électrogènes pour exercer leurs activités. Entre longues files d’attente, refus dans les stations-service et absence d’explications officielles, plusieurs professionnels disent voir leur travail ralenti.

Depuis plusieurs semaines, s’approvisionner en carburant est devenu un véritable parcours du combattant dans la capitale tchadienne. Aux stations-service, les automobilistes et motocyclistes patientent parfois plusieurs heures avant d’être servis. Mais au-delà de cette attente, une autre difficulté touche particulièrement les propriétaires de groupes électrogènes : la plupart des stations refusent désormais de remplir les bidons de carburant.

Cette mesure, appliquée dans plusieurs stations de N’Djamena, pénalise de nombreux entrepreneurs, commerçants et particuliers qui utilisent quotidiennement des groupes électrogènes pour pallier les coupures d’électricité. Ateliers, salons de coiffure, boutiques, petites entreprises ou encore bureaux fonctionnent grâce à ces équipements dont le carburant est indispensable.

Pour Izadine Mahamat, cette situation reste difficile à comprendre. Il explique que les détenteurs de groupes électrogènes se retrouvent privés de carburant alors qu’ils en ont besoin pour assurer la continuité de leurs activités. « Nous ne comprenons pas pourquoi on refuse de nous servir dans les bidons alors que nous utilisons ce carburant pour faire fonctionner nos groupes », déplore-t-il.

Dans les stations-service, les employés affirment qu’ils ne font qu’appliquer les consignes reçues de leur hiérarchie. L’un d’eux indique que cette décision serait liée aux difficultés d’approvisionnement observées ces dernières semaines et à la volonté de limiter les achats destinés à la revente informelle. Il reconnaît toutefois ne disposer d’aucune explication officielle.

Les vendeurs de carburant installés le long des routes sont régulièrement pointés du doigt. Selon plusieurs usagers, certains s’approvisionnent en grande quantité dans les stations avant de revendre le carburant à des prix plus élevés. Pour limiter cette pratique, plusieurs stations ont choisi de ne plus servir les clients venus avec des bidons. Une décision qui touche également les utilisateurs de groupes électrogènes.

Cette restriction a des conséquences directes sur les petites activités économiques. Rebeca Regina, propriétaire d’un salon de coiffure, explique que les coupures d’électricité l’obligent à recourir presque quotidiennement à un groupe électrogène. « Avant, j’envoyais quelqu’un acheter du carburant dans un bidon. Aujourd’hui, même lorsque je me déplace moi-même, on refuse de me servir. Pourtant, mon activité dépend du groupe », témoigne-t-elle.

Face à cette situation, certains usagers ont trouvé des solutions de fortune. Ils remplissent le réservoir de leur moto ou de leur véhicule à la station avant de transvaser le carburant dans leur groupe électrogène une fois rentrés. D’autres sont contraints de transporter directement leur groupe, ou uniquement son réservoir, jusqu’à la station afin de convaincre les agents qu’il ne s’agit pas d’un achat destiné à la revente.

En l’absence de communication officielle sur les raisons exactes de cette restriction et sur sa durée, de nombreux professionnels espèrent un dispositif permettant de distinguer les revendeurs des utilisateurs de groupes électrogènes. Pour eux, l’accès au carburant reste une condition essentielle à la poursuite de leurs activités, dans un contexte où l’alimentation en électricité demeure irrégulière.

Si la limitation de la vente de carburant dans les bidons vise à encadrer la revente informelle, elle affecte aussi des centaines de professionnels dont les groupes électrogènes constituent le principal outil de travail. En attendant une éventuelle évolution des mesures en vigueur, ces usagers continuent de chercher des solutions pour maintenir leurs activités malgré des contraintes d’approvisionnement de plus en plus pesantes.

Par M.KOUNDE KOI-ASSAL

Photo M.KOUNDE KOI-ASSAL

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