
Face à la dégradation accélérée des sols et à l’instabilité du climat au Tchad, l’association des arbres et des cultures suscite un intérêt croissant. Déjà pratiquée depuis longtemps dans certaines communautés rurales, l’agroforesterie revient aujourd’hui au cœur des stratégies agricoles pour renforcer la résilience des producteurs et mieux faire face à la désertification.
Au nord et au centre du Tchad, la détérioration des terres agricoles impose un défi quotidien aux producteurs locaux. Sous l’effet combiné des vents forts et de la baisse du couvert végétal, l’érosion appauvrit progressivement les sols. Les pluies, quant à elles, se font irrégulières, alternant entre épisodes de sécheresse et précipitations torrentielles.
Dans ce contexte de fragilité environnementale, la sécurité alimentaire des exploitations familiales se trouve directement menacée. Les agriculteurs doivent produire dans des conditions de plus en plus difficiles, alors que les ressources naturelles dont dépend leur activité se dégradent progressivement.
L’arbre au cœur des cultures
L’agroforesterie, qui consiste à intégrer délibérément des arbres au sein des parcelles cultivées et des pâturages, offre une réponse technique basée sur des mécanismes naturels.
Des espèces locales comme le Faidherbia albida ou l’acacia peuvent contribuer à enrichir les sols en fixant l’azote atmosphérique et en le restituant à la terre, ce qui permet de réduire le besoin en engrais chimiques.
Le réseau racinaire des arbres joue également un rôle important. Il retient la terre face au vent et facilite l’absorption des eaux de pluie, limitant ainsi le ruissellement et l’érosion. Dans les parcelles agricoles, les arbres peuvent également fournir du bois, des fruits et du fourrage, tout en créant un ombrage favorable à certaines cultures maraîchères pendant les périodes de forte chaleur.
L’arbre joue aussi un rôle dans la biodiversité. Il sert d’habitat et de source de nourriture pour les insectes, les oiseaux et les petits animaux. Sa présence favorise notamment les pollinisateurs essentiels aux récoltes et permet de produire de la biomasse utile à l’exploitation, comme le bois d’œuvre ou le broyat.
Des avantages, mais aussi des contraintes
Malgré ces atouts, le déploiement généralisé de l’agroforesterie se heurte à des obstacles concrets.
La croissance lente des arbres implique d’attendre avant d’obtenir des bénéfices visibles, une contrainte parfois difficile à concilier avec les besoins financiers immédiats des agriculteurs. Pour des familles qui dépendent directement des récoltes pour vivre, attendre plusieurs années avant de mesurer les effets d’une plantation peut représenter un véritable défi.
À cela s’ajoutent l’accès encore restreint aux semences de qualité et le manque d’accompagnement technique, qui freinent le développement de cette pratique à grande échelle. Sans formation, suivi et moyens adaptés, certains producteurs peuvent également avoir des difficultés à choisir les espèces les mieux adaptées à leurs terres et à leur activité.
Une piste face au changement climatique
Dans les zones rurales tchadiennes, l’agroforesterie apparaît ainsi comme une approche qui cherche à produire tout en restaurant progressivement les ressources naturelles. En associant arbres, cultures et parfois élevage sur un même espace, elle permet de diversifier les productions et de réduire la dépendance à une seule source de revenus.
Son intérêt réside également dans sa capacité à renforcer la résilience des exploitations face aux aléas climatiques. Les arbres contribuent à protéger les sols, à améliorer leur fertilité et à créer de meilleures conditions pour certaines cultures, tout en offrant d’autres produits utiles aux familles rurales.
L’agroforesterie ne constitue pas une solution miracle instantanée, mais elle s’affirme comme un outil d’adaptation structurant face à la dégradation des terres et aux changements du climat. En restaurant progressivement la santé des sols, en protégeant les parcelles et en diversifiant la production agricole, cette méthode offre au Tchad une piste concrète pour lutter contre la désertification et consolider l’avenir de son monde rural.

Par WIWA Sidonie