
Dans de nombreuses communautés tchadiennes, le mariage demeure une institution sacrée, encadrée par des normes sociales et familiales solidement établies. Pourtant, au cœur de ce processus, la place de la mère actrice essentielle de l’éducation et de la construction de l’enfant apparaît souvent marginalisée, en particulier lorsqu’il s’agit du mariage de sa fille.
Dans certaines familles, la décision finale revient majoritairement au père ou à la lignée paternelle, reléguant la mère à un rôle secondaire, voire consultatif. Cette réalité s’inscrit dans un schéma traditionnel où l’autorité familiale est principalement exercée par l’homme.
Le témoignage d’une mère illustre cette situation, malgré son engagement total dans l’éducation de ses enfants et sa contribution significative aux charges familiales allant jusqu’à construire le domicile familial, elle affirme ne pas avoir été impliquée dans la décision du mariage de sa fille. « Je me suis occupée de mes enfants seule pendant plusieurs années. Mais lorsque le moment du mariage est arrivé, la décision a été prise par le père, absent depuis plus de cinq ans », confie-t-elle.
Ce récit met en lumière un paradoxe : celui d’une mère investie au quotidien, mais écartée lors d’une étape déterminante de la vie de son enfant. Une situation qui soulève des interrogations sur l’équilibre des rôles parentaux et sur l’évolution des pratiques sociales face aux réalités contemporaines.
Du côté de certains pères, le discours reste ferme. Ils se considèrent comme chefs de famille et estiment que toute décision concernant le foyer relève de leur autorité. Selon eux, la femme ne pouvait, dans le passé, en aucun cas participer aux décisions liées au mariage de sa progéniture. Si cette participation commence à émerger aujourd’hui, elle serait, à leurs yeux, le fruit de la modernisation. Certains n’excluent pas que, dans l’avenir, cette évolution accorde davantage de place à la parole des mères.
À l’inverse, d’autres voix rappellent que l’homme ne peut, à lui seul, donner la vie à un enfant, soulignant ainsi le rôle fondamental de la mère dans la famille. Dans certaines traditions, cette place s’exprime indirectement à travers ses frères, qui prennent part aux discussions et aux décisions. Une manière de reconnaître l’importance de la lignée maternelle, même lorsque celle-ci n’est pas directement visible.
Entre traditions profondément ancrées et mutations sociales progressives, la question de la place de la mère dans le mariage de ses enfants demeure ouverte. Elle interroge les rapports d’autorité au sein de la famille, mais aussi la reconnaissance du rôle maternel dans les décisions majeures.
Par DIONMAYE Jonathan.