N’Djamena : quand les règles de certains bailleurs pèsent sur les locataires.

De nombreux jeunes quittent la maison familiale à la recherche d’autonomie en louant une chambre dans une concession. Mais, derrière ce désir d’indépendance, plusieurs locataires dénoncent des conditions de vie parfois contraignantes imposées par certains bailleurs, entre horaires stricts, remarques sur les visites et surveillance du quotidien.

Trouver une chambre à louer dans la capitale tchadienne représente souvent une étape importante vers l’émancipation. Pourtant, une fois installés, beaucoup découvrent une réalité bien différente de celle qu’ils imaginaient. Au départ, la cohabitation semble généralement simple : le bailleur accepte les conditions du futur locataire et promet une bonne entente. Mais après quelques semaines, certains propriétaires imposent progressivement de nouvelles règles.

Dans plusieurs concessions, des horaires de fermeture sont fixés dès 21h ou 22h, les locataires qui rentrent tard du travail ou d’une sortie doivent alors attendre de longues minutes avant qu’on leur ouvre, ce qui provoque parfois des tensions. C’est le cas de M. Bori Djiasra, habitant du quartier Habena, qui affirme vivre cette situation depuis plusieurs années avec sa bailleresse. « Je travaille et il m’arrive de rentrer à 22h. Mais quand la porte est fermée, cela devient un problème. Je suis obligé de supporter », explique-t-il. Pour éviter de rester bloqué dehors, il dit avoir pris l’habitude d’appeler discrètement un voisin afin qu’il lui ouvre la porte à son arrivée. Une pratique que sa propriétaire désapprouve. « Elle dit qu’un voleur peut entrer avec nous dans la maison », ajoute-t-il. Au-delà des horaires, certains bailleurs surveillent également les fréquentations de leurs locataires. M. Bori affirme que sa bailleresse lui reproche régulièrement les visites de sa compagne. « Elle dit que ma copine ne doit pas faire trop de va-et-vient parce qu’il y a des filles qui grandissent dans la maison », confie-t-il.

Dans plusieurs quartiers de N’Djamena, cette manière de gérer les concessions crée un malaise, notamment chez les jeunes travailleurs qui pensaient trouver davantage de liberté en quittant le domicile familial. Beaucoup disent avoir le sentiment de vivre sous contrôle permanent malgré le paiement régulier du loyer. Pour certains habitants, cette situation révèle surtout l’absence de règles clairement définies entre bailleurs et locataires. Entre respect de la vie commune, exigences sécuritaires et liberté individuelle, l’équilibre reste difficile à trouver dans de nombreuses maisons en location de la capitale.

À N’Djamena, la cohabitation entre bailleurs et locataires continue ainsi de nourrir des frustrations souvent silencieuses. Si les propriétaires souhaitent préserver la sécurité et l’ordre dans leurs concessions, plusieurs locataires estiment aussi avoir droit à davantage d’intimité et de liberté. Beaucoup espèrent désormais une relation plus équilibrée, fondée sur le dialogue, le respect mutuel et une meilleure compréhension entre les deux parties.

Par Moustapha KOUNDE.

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