Mosquée Roi Fayçal, un patrimoine au cœur de l’histoire et de l’environnement urbain de N’Djaména.

Au cœur de N’Djaména, la Mosquée Roi Fayçal est bien plus qu’un lieu de culte. Héritière d’une histoire qui remonte aux premières décennies de Fort-Lamy, elle constitue aujourd’hui un repère architectural, religieux et social de la capitale, témoignant à la fois de l’évolution de la ville et de ses relations historiques avec le monde arabe.

L’histoire de la Mosquée Roi Fayçal s’inscrit dans une période où Fort-Lamy commence progressivement à se structurer autour de nouveaux espaces urbains. Entre 1939 et 1940, une mosquée est construite sur le budget local, au cœur de la ville, à la rencontre des quartiers Ambassatna, Gardolé, Mardjandafack et de l’ancien Champ de course, aujourd’hui appelé Blabine.

À cette époque, un décret fédéral met en place un comité chargé de la gestion de la mosquée, sous la présidence de l’administrateur-maire. Mais cet édifice n’est pas le premier lieu de prière musulman de Fort-Lamy. Dès 1910, la ville dispose déjà d’une première mosquée située en face du bureau du gouverneur, construite avec le soutien financier de la colonie. Le Faki Mahamat Kitembor en est alors le premier imam.

La « Djamiè Kabir », bien plus qu’une place de prière

Avec le temps, l’espace situé devant la mosquée, connu dans la mémoire collective sous le nom de « Djamiè Kabir », acquiert une place particulière dans la vie de la cité. La place devient un espace de rencontres, de fêtes et de socialisation, notamment pour les jeunes de Fort-Lamy.

Toutes confessions religieuses confondues, les habitants s’y retrouvent et participent ainsi à une vie sociale qui dépasse le seul cadre religieux. Pour les anciens habitants, cet espace demeure associé à une époque et à une manière de vivre la ville aujourd’hui disparue.

Ceux qui ont vu la capitale évoluer au fil des décennies considèrent encore la mosquée comme un repère important dans l’organisation de la vie urbaine. Ses abords ont longtemps constitué un point de référence pour les habitants des quartiers environnants, tandis que l’édifice lui-même s’est progressivement imposé dans le paysage de N’Djaména.

La visite du roi Fayçal, un tournant historique

Un nouveau chapitre s’ouvre en 1972 avec la visite au Tchad du roi Fayçal d’Arabie Saoudite, invité par le président François Tombalbaye. À cette occasion, la place en forme de demi-cercle située devant la mosquée est officiellement baptisée « Place Roi Fayçal » par le maire de l’époque, Mahamat Djarma.

Cette visite marque un tournant dans l’histoire de l’édifice. Le souverain saoudien décide de financer la construction d’une nouvelle mosquée, dont le projet s’inspire du modèle architectural de la mosquée où il avait l’habitude de prier à Riyad.

Les sources historiques disponibles situent la réalisation de la grande mosquée dans le contexte du rapprochement entre le Tchad et le monde arabe, notamment après l’intégration du Tchad à l’Organisation de la coopération islamique. Des documents de l’Organisation de la coopération islamique font également état, dès les années 1980, de la prise en charge de la Mosquée Roi Fayçal et de projets liés à son développement.

Inaugurée sous la présidence du général Félix Malloum, la nouvelle Mosquée Roi Fayçal devient alors l’un des édifices religieux majeurs de la capitale et est présentée à l’époque comme l’une des plus importantes mosquées du continent.

Un monument qui traverse les générations

Au fil des décennies, la Mosquée Roi Fayçal ne se limite plus à sa fonction religieuse. Elle devient un élément incontournable du paysage de N’Djaména, au même titre que d’autres monuments qui racontent l’histoire de la capitale.

Sa proximité avec le grand marché central renforce notamment son importance dans la vie quotidienne de la ville. La mosquée accueille régulièrement de nombreux fidèles lors des prières, des grandes fêtes religieuses et des rassemblements musulmans. En juin 2023, par exemple, des fidèles venus de différents quartiers de la capitale s’y sont retrouvés pour la prière de l’Aïd al-Adha, en présence des autorités.

Son histoire est également liée à celle de l’urbanisation de N’Djaména. La ville s’est développée autour de cet espace, transformant progressivement son environnement immédiat, sans faire disparaître la place symbolique occupée par l’édifice.

La rénovation de 2023

Avec le temps, la grande mosquée avait besoin d’importants travaux de réfection. Fermée à partir du 16 décembre 2022, elle fait l’objet de travaux durant plusieurs mois avant de rouvrir ses portes le 24 mars 2023, à l’occasion de la prière du vendredi. La réouverture intervient à quelques jours du début du Ramadan.

Cette rénovation permet de redonner à l’édifice un nouvel éclat tout en conservant ses éléments historiques, notamment ses minarets qui continuent de marquer le paysage urbain de N’Djaména. À sa réouverture, l’imam Cheikh Ahmat Alnnour Mahamat Alhalou a également appelé les fidèles à veiller à l’hygiène et à la préservation des lieux.

La réfection rappelle ainsi qu’un patrimoine vivant ne se résume pas à son ancienneté. Il doit aussi être entretenu, adapté aux besoins de ceux qui le fréquentent et transmis aux générations suivantes.

Une mémoire inscrite dans la ville

Des décennies après sa construction, la Mosquée Roi Fayçal demeure donc l’un des monuments emblématiques de N’Djaména. Son histoire traverse plusieurs périodes de la capitale, depuis Fort-Lamy jusqu’à la ville contemporaine, et accompagne les transformations sociales, urbaines et religieuses du pays.

Par YEDANG Viviane

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