Environnement : À N’Djamena, l’absence de toilettes publiques, un défi pour la salubrité urbaine.

À N’Djamena, la lutte contre la défécation à l’air libre ne relève plus seulement d’une question de comportement. Elle pose aussi celle des infrastructures nécessaires à une ville propre, saine et durable. Alors que les autorités renforcent les sanctions, le manque de toilettes publiques accessibles interroge l’efficacité globale de cette politique environnementale.

Chaque jour, des milliers de personnes circulent dans les marchés, les quartiers et le long des grands axes de la capitale. Parmi leurs besoins essentiels figure l’accès aux toilettes. Lorsque celles-ci sont inexistantes, éloignées ou payantes, certains sont contraints de chercher des espaces isolés pour se soulager.

Peu à peu, terrains vagues, abords des routes et espaces publics peuvent devenir des lieux de défécation à ciel ouvert. Au-delà de l’image de la ville, c’est la qualité de l’environnement urbain qui est directement concernée.

Une ville propre ne se construit pas uniquement avec des sanctions

Les autorités ont engagé des mesures contre la défécation à l’air libre. Les personnes surprises dans les espaces publics peuvent être contraintes de nettoyer les lieux et faire l’objet de sanctions financières.

Ces mesures répondent à un objectif de salubrité. Mais une politique efficace repose aussi sur la capacité à offrir aux citoyens les moyens de respecter les règles.

À N’Djamena, lorsque les toilettes sont rares, éloignées, fermées ou payantes, la question devient plus complexe. La lutte contre la défécation à l’air libre doit donc être pensée à la fois comme une question de comportement et comme un enjeu d’aménagement et d’assainissement urbain.

Un cercle difficile à briser

Dans certains marchés, des latrines existent, mais leur accès peut coûter entre 100 et 150 francs CFA. Pour une personne qui passe plusieurs heures dans la rue, cette dépense peut devenir une contrainte.

Sur certains grands axes, les toilettes publiques restent également rares. Les habitants peuvent parfois constituer une solution ponctuelle, mais l’accès aux concessions privées n’est pas toujours accepté.

Cette situation crée un cercle difficile : insuffisance de toilettes, risques accrus de défécation à l’air libre, dégradation de l’environnement, puis sanctions.

Le témoignage de Bilal NAIRA illustre cette difficulté : « Imaginons que tu roules à moto et que la diarrhée te prend en pleine circulation. Faute de toilettes publiques, nous sommes obligés de nous arrêter dans des espaces vides pour nous soulager. La diarrhée ne prévient pas quand elle commence. »

Pour lui, si les autorités appliquent les règles, elles doivent également penser à multiplier les toilettes publiques.

Les toilettes publiques, une infrastructure environnementale

Les toilettes publiques sont aussi des équipements d’assainissement. Lorsqu’elles sont bien situées, accessibles et entretenues, elles peuvent contribuer à préserver les rues, terrains vagues, caniveaux et abords des marchés.

Mais construire ne suffit pas. Ces équipements doivent être accessibles, régulièrement nettoyés, entretenus et correctement gérés. Les marchés, gares, grands axes et lieux très fréquentés devraient notamment disposer de sanitaires adaptés.

La gratuité, lorsqu’elle est possible, pourrait également faciliter leur utilisation par les personnes les plus vulnérables.

Vers une véritable politique d’assainissement

La construction de toilettes à certains endroits, notamment à la Place de la Nation, montre que des réponses existent déjà. Le défi est désormais de les étendre et de les intégrer dans une politique globale d’assainissement de la capitale.

La sensibilisation reste également essentielle. Mais elle sera plus efficace si elle s’accompagne d’une offre sanitaire suffisante.

À N’Djamena, lutter contre la défécation à l’air libre devrait ainsi dépasser la seule logique de sanction : prévenir, équiper, entretenir, sensibiliser et, lorsque cela est nécessaire, sanctionner.

Une capitale plus propre ne se construit donc pas seulement en demandant aux citoyens de changer leurs comportements. Elle se construit aussi en leur donnant les infrastructures nécessaires pour adopter ces comportements.

La lutte contre la défécation à l’air libre ne pourra pleinement réussir que si la sanction avance avec l’aménagement, et la sensibilisation avec les équipements.

Par WIWA Sidonie

Photo crédit mairie de N’Djamena

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