Éducation sexuelle au Tchad : quand le silence familial laisse les adolescents sans repères.

Au Tchad, parler de sexualité avec les adolescents reste encore largement tabou dans de nombreuses familles. À l’arrivée de la puberté, filles comme garçons doivent souvent comprendre seuls les transformations de leur corps, leurs émotions et les risques liés à la vie sexuelle, alors que le manque d’information peut les exposer à des situations difficiles.

La puberté arrive parfois sans prévenir. Le corps change, les émotions deviennent nouvelles et les questions se multiplient. Chez les filles, apparaissent les premières menstruations, tandis que chez les garçons, la voix, le corps et les sensations évoluent. Pourtant, au Tchad, cette période de transition reste rarement accompagnée d’un véritable dialogue familial. Dans de nombreux foyers, les parents considèrent encore la sexualité comme une affaire strictement réservée aux adultes et particulièrement difficile à évoquer avec leurs enfants.

Le sujet est souvent entouré de pudeur, de crainte ou de gêne. Une fille qui cherche à comprendre ses règles peut hésiter à poser certaines questions à sa mère, tandis qu’un garçon peut grandir sans recevoir d’explications claires sur les changements qu’il traverse. Lorsque les adolescents tentent d’aborder la question de la sexualité, la réponse familiale peut parfois se limiter à des interdictions, des avertissements ou au silence. Le problème n’est donc pas seulement l’absence d’information, mais aussi l’absence d’un espace où le jeune peut poser ses questions sans être immédiatement jugé.

Cette situation s’explique en partie par le poids des normes sociales. Dans de nombreuses familles tchadiennes, parler de sexualité avec un enfant est perçu comme une manière d’aborder trop tôt un sujet considéré comme intime. Certains parents redoutent également qu’en donnant des explications sur la sexualité, ils encouragent leurs enfants à avoir des relations sexuelles. Pourtant, ne pas en parler ne fait pas disparaître les interrogations. Cela déplace simplement le lieu où les jeunes chercheront leurs réponses.

À défaut de pouvoir se tourner vers leurs parents, beaucoup d’adolescents se tournent vers leurs camarades, les réseaux sociaux ou internet. Ils y trouvent une quantité considérable d’informations, mais toutes ne sont pas fiables. Entre témoignages personnels, contenus d’influenceurs et conseils parfois approximatifs, le jeune peut difficilement distinguer ce qui relève d’une information sérieuse de ce qui relève d’une croyance ou d’une fausse information.

Le manque de dialogue peut alors avoir des conséquences concrètes. Une adolescente mal informée sur son cycle menstruel ou sur les réalités de la sexualité peut se retrouver davantage exposée à une grossesse précoce. De leur côté, certains garçons peuvent entrer dans une relation sans mesurer les responsabilités qu’elle implique, notamment les risques de grossesse et les conséquences sociales qui peuvent en découler. Dans certains cas, ces situations bouleversent la scolarité, fragilisent les relations familiales et compromettent les projets d’avenir des jeunes concernés.

La question mérite donc de dépasser le simple débat sur la sexualité. Il s’agit surtout de savoir comment préparer les adolescents à une étape importante de leur développement. Informer ne signifie pas encourager une activité sexuelle précoce. Il s’agit plutôt de donner aux jeunes des connaissances adaptées à leur âge, de leur apprendre à comprendre leur corps, à reconnaître les situations à risque et à savoir vers qui se tourner lorsqu’ils ont besoin d’aide ou de conseils.

Au Tchad, cette responsabilité ne peut pas reposer uniquement sur l’école ou sur internet. La famille demeure le premier espace d’éducation et devrait pouvoir accompagner progressivement l’enfant lorsqu’il entre dans l’adolescence. Cela suppose aussi de donner aux parents les moyens et les mots nécessaires pour aborder ces questions avec leurs enfants, sans renoncer aux valeurs culturelles et familiales.

Le véritable enjeu n’est donc pas de faire disparaître la pudeur, mais d’éviter que celle-ci ne transforme le silence en absence totale de repères. Car lorsqu’une famille ne répond pas aux questions d’un adolescent, quelqu’un d’autre finira par le faire. La question est alors de savoir si cette réponse viendra d’un parent, d’un éducateur ou d’une source fiable, ou si elle sera laissée aux hasards d’internet et des discussions entre jeunes.

Par WIWA Sidonie

Photo M.KOUNDE KOI-ASSAL

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