Agriculture au Tchad : les insectes, entre alliés des cultures et menace pour les récoltes.

Dans les champs tchadiens, les insectes ne sont pas tous des ennemis. Certains participent à la pollinisation, à la fertilité des sols ou encore à la régulation naturelle des ravageurs. D’autres, en revanche, peuvent détruire les cultures et fragiliser les revenus des producteurs. Entre ces deux réalités, une meilleure connaissance des espèces apparaît comme un enjeu pour la protection des récoltes.

Dans les exploitations agricoles, leur présence est souvent associée aux dégâts causés aux plantes. Pourtant, derrière cette perception générale se cache une réalité plus complexe. Certains insectes jouent un rôle essentiel dans le fonctionnement des écosystèmes agricoles et contribuent, directement ou indirectement, à la production.

Des insectes indispensables aux cultures

Les abeilles et les papillons comptent parmi les insectes les plus utiles aux cultures. En se déplaçant de fleur en fleur, ils transportent le pollen et favorisent la fécondation des plantes. Cette pollinisation contribue à la formation des fruits et des graines et participe ainsi à la reproduction de nombreuses espèces végétales.

D’autres insectes interviennent dans la régulation naturelle des ravageurs. C’est notamment le cas des coccinelles, qui se nourrissent de pucerons, de petits insectes capables d’affaiblir les plantes en aspirant leur sève. Certaines guêpes parasitoïdes jouent également un rôle dans la limitation de certaines populations de ravageurs.

Dans le sol, termites et certaines espèces de fourmis participent aussi à différents processus naturels. En creusant des galeries, ils contribuent à la circulation de l’air et de l’eau et favorisent la décomposition de la matière organique. Ces mécanismes participent au fonctionnement et à la fertilité des sols.

Mais ces fonctions restent encore peu connues de nombreux cultivateurs. Dans certains cas, tous les insectes présents dans une parcelle sont considérés comme nuisibles, au risque de détruire également ceux qui contribuent naturellement à la santé des cultures.

Quand les insectes deviennent une menace

À l’inverse, certains insectes peuvent provoquer d’importants dégâts lorsqu’ils se multiplient dans les champs. Les criquets figurent parmi les ravageurs les plus redoutés par les producteurs. Leur présence peut s’ajouter à d’autres difficultés, notamment le déficit pluviométrique, et aggraver la vulnérabilité des cultures.

Dans le département de la Nya-Pendé, cette combinaison inquiète les agriculteurs. Les cultures sont confrontées à la fois aux attaques de criquets et au manque de pluies, avec des conséquences possibles sur les rendements.

M. Ndouba Modest, chef de secteur de l’Agence nationale de développement rural (ANADER) de la Nya-Pendé, fait état des difficultés observées sur le terrain.

« Nous avons fait le constat sur le terrain. Les attaques de criquets combinées au déficit pluviométrique vont impacter la production. Le maraîchage de contre-saison est aussi menacé, car il n’y a pas assez d’eau dans les bas-fonds », explique-t-il.

Pour les producteurs, la situation se traduit par des récoltes incertaines et des dépenses supplémentaires. Un cultivateur de la zone témoigne des difficultés rencontrées au cours de la dernière campagne : « On a semé trois fois. À chaque fois, la pluie s’arrête et tout meurt. Si l’État ne nous aide pas avec des semences de cycle court et des intrants, l’année prochaine sera très difficile. »

Mieux connaître pour mieux protéger

Les difficultés observées dans la Nya-Pendé montrent que les ravageurs ne constituent pas un problème isolé. Lorsque les cultures sont déjà fragilisées par le manque d’eau, les attaques d’insectes peuvent accentuer les pertes et compromettre davantage les revenus des producteurs.

Pour autant, la lutte contre les ravageurs ne signifie pas nécessairement l’élimination systématique de tous les insectes. La distinction entre les espèces utiles et celles qui causent des dégâts est essentielle pour préserver les équilibres naturels dans les exploitations.

Les abeilles, les coccinelles et d’autres insectes auxiliaires peuvent contribuer gratuitement à la pollinisation ou à la régulation de certains ravageurs. À l’inverse, les criquets, certaines chenilles et certains pucerons peuvent nécessiter une surveillance et des interventions adaptées lorsqu’ils atteignent des niveaux susceptibles d’endommager les cultures.

Dans ce contexte, l’identification des espèces et la sensibilisation des producteurs constituent des éléments importants. Les services techniques agricoles peuvent accompagner les cultivateurs dans la reconnaissance des insectes, la surveillance des parcelles et le choix de méthodes de lutte adaptées.

Un équilibre à préserver

Entre les insectes qui favorisent la production et ceux qui menacent les récoltes, l’agriculture tchadienne doit composer avec une réalité souvent invisible. Tous les insectes ne sont pas nuisibles, mais tous n’ont pas non plus le même impact sur les cultures.

Mieux connaître leur rôle permet donc d’éviter les confusions et d’adapter les pratiques agricoles. Pour les producteurs, cette connaissance peut devenir un véritable outil de protection des cultures, particulièrement dans un contexte où les aléas climatiques fragilisent déjà les rendements.

Dans les champs tchadiens, l’enjeu n’est finalement pas de lutter contre tous les insectes, mais de savoir lesquels protéger, lesquels surveiller et lesquels combattre.

Par WIWA Sidonie

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