Zakouma, quand la protection de la nature devient une source de revenus pour le Tchad.

Au cœur du sud-est du Tchad, le Parc national de Zakouma n’est plus seulement un sanctuaire de la faune sauvage. Après avoir longtemps été menacé par le braconnage, il s’impose progressivement comme une activité économique capable de créer des emplois, de générer des revenus pour les communautés locales et d’attirer des visiteurs. Mais cette richesse reste fragile, car la disparition des animaux, provoquée notamment par la chasse et le braconnage, pourrait aussi priver les populations et l’État d’importantes retombées économiques.

Créé en 1963 sur une superficie de 305 000 hectares, Zakouma a connu une grave crise au début des années 2000. En 2006, le parc ne comptait plus que 450 éléphants. Des groupes de braconniers armés décimaient la faune, menaçant directement l’avenir de cet espace naturel.

En 2010, le gouvernement tchadien confie la gestion du parc à l’ONG African Parks dans le cadre d’un partenariat de 20 ans. La sécurisation devient alors une priorité. Des éco-gardes sont recrutés, formés et équipés, tandis que des patrouilles aériennes sont mises en place.

Les résultats commencent à se faire sentir. En 2023, le recensement fait état de plus de 1 000 éléphants. Les populations de lions, de girafes et de buffles se reconstituent également, tandis que plus de 370 espèces d’oiseaux sont recensées. Le recul du braconnage permet ainsi à Zakouma de retrouver une partie de son potentiel touristique.

Le tourisme, une activité économique

Avec le retour de la faune, le tourisme reprend progressivement. Le parc est ouvert chaque année de décembre à juin. Camp Nomade et Camp Tinga accueillent les visiteurs venus découvrir la réserve à travers des safaris en 4×4.

En 2019, dernière année de référence avant la Covid-19, le parc avait enregistré environ 3 200 visiteurs. Cette clientèle est composée de touristes internationaux, d’expatriés, mais aussi de plus en plus de Tchadiens.

Derrière chaque visiteur se trouve une chaîne économique. Hébergement, restauration, transport, guidage, entretien des véhicules et autres services permettent de créer des emplois et de faire circuler des revenus dans la région.

Plus de 200 emplois directs ont ainsi été créés, notamment pour les guides, les pisteurs, le personnel d’hôtellerie et les mécaniciens. Pour les populations riveraines, ces activités représentent une source importante de revenus.

Les populations locales bénéficient des retombées

L’intérêt économique de Zakouma ne se limite pas aux emplois. Selon l’accord de gestion, 30 % des recettes touristiques sont reversées aux 17 communautés vivant autour du parc. Ces ressources servent notamment à financer des forages, des écoles et des centres de santé.

Cette redistribution permet aux populations de bénéficier directement de la présence du parc. La conservation de la faune peut ainsi devenir une opportunité économique et sociale pour les communautés.

« Le parc est devenu notre première source de revenus. Nos enfants travaillent ici au lieu de partir en ville », témoigne un chef de village de la région du Salamat.

Mais cet équilibre reste fragile. La chasse des animaux par certaines personnes, notamment lorsque la recherche de viande ou de revenus pousse à tuer des espèces sauvages, peut rapidement compromettre les efforts réalisés.

Quand la disparition des animaux menace aussi l’économie

À Zakouma, protéger les animaux ne signifie donc pas seulement préserver la biodiversité. C’est aussi protéger une activité économique qui dépend directement de la présence de cette faune.

Un éléphant, un lion, une girafe ou un buffle vivant peut attirer des visiteurs et participer à l’activité touristique. À l’inverse, la disparition progressive de ces espèces réduit l’attractivité du parc et peut entraîner des pertes pour les guides, les hébergeurs, les transporteurs, les commerçants et les communautés qui bénéficient des recettes touristiques.

Le braconnage devient alors un problème économique autant qu’environnemental. Si certaines espèces venaient à disparaître, le Tchad perdrait non seulement une partie de son patrimoine naturel, mais également une source potentielle d’emplois, de revenus et d’investissements.

Un modèle encore dépendant des financements extérieurs

Malgré ses résultats, le modèle de Zakouma reste confronté à des difficultés. Le budget annuel du parc est estimé à 4,5 millions de dollars et, en 2024, environ 70 % de ce financement provenait encore de bailleurs internationaux.

L’objectif des gestionnaires est d’atteindre l’autofinancement à l’horizon 2030. Pour y parvenir, le tourisme devra continuer à se développer afin de permettre au parc de couvrir progressivement une plus grande partie de ses dépenses grâce à ses propres recettes.

L’accessibilité constitue toutefois un frein. Depuis N’Djamena, il faut environ deux jours de piste pour rejoindre Zakouma ou recourir à un vol charter. Un coût qui limite encore l’accès au parc pour une grande partie des touristes nationaux.

Pourtant, le développement du tourisme intérieur pourrait constituer un levier supplémentaire. Une meilleure accessibilité permettrait à davantage de Tchadiens de découvrir leur patrimoine naturel tout en créant de nouvelles activités pour les transporteurs, les guides, les hébergeurs et les commerçants.

Zakouma, un modèle à élargir

L’expérience de Zakouma attire désormais l’attention des autorités. Le ministère de l’Environnement étudie la possibilité de s’inspirer de ce modèle pour d’autres aires protégées, notamment les parcs de Sena Oura et de Goz Beïda.

L’enjeu est important pour l’économie tchadienne. Le pays dispose d’un patrimoine naturel considérable, mais encore largement sous-exploité sur le plan touristique. Sa valorisation pourrait permettre de diversifier les sources de revenus, de créer des emplois et de développer des activités économiques dans les zones rurales.

Mais cette ambition passe par une meilleure protection des animaux. Plus la faune est préservée, plus le potentiel touristique reste important. À l’inverse, tuer les animaux jusqu’à provoquer leur disparition revient aussi à détruire une ressource économique qui pourrait profiter durablement aux populations.

Zakouma montre que la protection de la nature peut devenir un véritable outil de développement économique. Les emplois créés, les revenus distribués aux communautés et les visiteurs accueillis démontrent la valeur économique de la faune tchadienne.

Pour le Tchad, l’enjeu est désormais de protéger cette richesse tout en permettant aux populations d’en tirer des bénéfices durables. Car lorsqu’un animal disparaît, ce n’est pas seulement la biodiversité qui s’appauvrit : c’est aussi une partie du potentiel touristique et économique du pays qui disparaît avec lui. Zakouma rappelle ainsi une réalité simple : protéger les animaux, c’est aussi protéger une source de revenus pour les générations futures.

Par SOLOUMTA Abigael

Photo crédit ministère du tourisme

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