Tchad : le Zaï et les demi-lunes redonnent vie aux terres arides.

Face à la désertification et aux aléas climatiques, les agriculteurs du centre et du nord du Tchad remettent au goût du jour deux techniques traditionnelles d’aménagement hydro-agricole : le Zaï et les demi-lunes. Ces méthodes simples permettent de retenir l’eau de pluie, de limiter l’érosion et de rendre progressivement productifs des sols autrefois dégradés.

Dans les zones arides du Sahel tchadien, les précipitations tombent souvent sous forme d’averses violentes. Sur des terres asséchées et durcies par le soleil, l’eau ruisselle rapidement sans avoir le temps de s’infiltrer, emportant avec elle une partie des sols. Face à cette situation, les producteurs ruraux utilisent des aménagements manuels capables de retenir l’eau là où les cultures en ont le plus besoin.

Le Zaï, retenir l’eau au pied des cultures

La technique du Zaï se pratique principalement durant la saison sèche. Les agriculteurs creusent de petites fosses de 20 à 30 centimètres de large et de 10 à 15 centimètres de profondeur. La terre extraite est déposée en aval afin de former un léger bourrelet qui ralentit le ruissellement.

Avant l’arrivée des premières pluies, chaque fosse reçoit une poignée de compost ou de fumier. Le dispositif permet ainsi de stocker l’eau directement au niveau des racines, tout en favorisant l’aération du sol.

L’apport de matière organique attire également les termites et les micro-organismes. Leurs galeries contribuent à perforer la croûte dure du sol et facilitent ainsi l’infiltration de l’eau et de l’air. Une fois la saison des pluies installée, le sorgho ou le millet peut être semé dans les fosses, permettant de valoriser chaque millimètre de pluie.

Les demi-lunes, une autre manière de retenir l’eau

Complémentaires au Zaï, les demi-lunes sont particulièrement adaptées aux terrains à faible pente. Il s’agit de cuvettes semi-circulaires de 2 à 4 mètres de diamètre, creusées perpendiculairement au sens d’écoulement des eaux.

La terre retirée sert à construire une diguette de 30 à 50 centimètres en contrebas. En ralentissant le ruissellement, cette structure permet à l’eau de s’infiltrer progressivement dans le sol tout en retenant les sédiments et les matières organiques transportés par les eaux.

Les espaces ainsi humidifiés peuvent ensuite accueillir des céréales, des plantes fourragères ou encore des arbres, offrant de nouvelles possibilités aux producteurs dans des zones où l’agriculture était devenue difficile.

Des terres progressivement réhabilitées

Sur le terrain, ces aménagements hydro-agricoles permettent de remettre en culture des parcelles fortement dégradées. À l’échelle locale, plusieurs hectares de terres peuvent ainsi être réhabilités par les communautés, renforçant la capacité des cultures à résister aux périodes de sécheresse au cours de la saison agricole.

En modifiant simplement la manière dont l’eau de pluie circule sur les parcelles, le travail manuel transforme une eau autrefois responsable de l’érosion en une ressource directement utilisable par les plantes.

L’utilisation combinée du Zaï et des demi-lunes montre ainsi que des solutions simples, accessibles et ne nécessitant pas de lourdes infrastructures peuvent apporter une réponse aux défis agricoles et environnementaux du Sahel tchadien. En permettant de mieux conserver l’eau et de restaurer les sols, ces techniques traditionnelles offrent aux communautés rurales un moyen concret de renforcer leurs récoltes face aux effets du changement climatique.

Par WIWA Sidonie

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