N’Djaména sous les eaux, le choléra inquiète.

Quelques semaines après les fastes du Forum Africain de l’Eau, la capitale tchadienne subit de plein fouet les crues d’août. Entre les promesses de sécurité hydrique et la réalité d’infrastructures noyées, les habitants du 1er arrondissement font face au spectre du choléra, relançant le débat sur l’urgence climatique et la gestion des budgets d’assainissement.

À N’Djamena, le contraste est saisissant. Les lampions du Forum Africain de l’Eau à peine éteints, la réalité du terrain a brutalement rattrapé les discours officiels. Depuis les pluies torrentielles du début du mois, la capitale tchadienne vit au rythme des motopompes et des digues de fortune. Ce 10 août, plusieurs quartiers se réveillent les pieds dans l’eau, transformant la vie quotidienne des riverains en une course contre la montre pour sauver leurs habitations et leurs biens. Le gouvernement avait pourtant érigé la sécurité hydrique en « priorité numéro un » de son plan national. Aujourd’hui, l’eau est bien là, mais elle détruit au lieu de faire vivre.

Sur le terrain, la situation dépasse le simple inconfort logistique. Dans le 1er arrondissement, l’effondrement des canaux d’évacuation et la stagnation des eaux sales font craindre le pire. Face au risque imminent d’épidémies, des campagnes citoyennes et officielles de sensibilisation contre le choléra ont dû être lancées en urgence. Les latrines inondées se déversent dans les cours, polluant les rares points d’eau potable. Pour les familles sinistrées, la priorité n’est plus de débattre des stratégies géopolitiques de l’or bleu, mais de survivre à la nuit sans contracter une maladie hydrique mortelle.

Cette crise récurrente pose une question de fond que de nombreux N’Djamenois n’hésitent plus à formuler : où vont concrètement les budgets alloués à l’assainissement urbain ? Alors que le changement climatique multiplie l’intensité des événements extrêmes, l’adaptation des infrastructures locales semble totalement au point mort. Les investissements massifs annoncés lors des grands sommets peinent à se matérialiser dans les collecteurs de la ville. Les experts pointent du doigt un décalage chronique entre les fonds captés pour les colloques internationaux et les enveloppes réellement injectées dans le curage des caniveaux et la construction de bassins de rétention.

Le paradoxe de l’eau à N’Djamena met en lumière la fracture grandissante entre la diplomatie climatique et la gestion locale. Tant que les priorités budgétaires privilégieront les vitrines internationales au détriment des chantiers souterrains de l’assainissement, les saisons des pluies continueront de transformer les promesses politiques en vagues de boue. L’urgence n’est plus à la planification, elle est dans la rue.

Par MADJIEI Grace

Photo M.KOUNDE KOI-ASSAL

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