
Installé principalement autour de Léré, dans le sud-ouest du Tchad, le peuple moundang porte un nom chargé d’histoire et de mémoire collective. Derrière cette appellation se cache le récit d’un peuple, confronté aux guerres, aux migrations et à la nécessité de survivre face aux menaces extérieures. Selon plusieurs traditions orales et travaux de chercheurs, le mot « Moundang » proviendrait de deux anciens termes, Moun, qui signifie « se cacher », « se disperser » ou « se perdre », et Dang, qui veut dire « tous ». Et donc, ensemble, ces mots forment l’expression, « Cachons-nous tous ».
Cette appellation serait apparue entre les XVIIIe et XIXe siècles, à une époque marquée par les conflits armés, les razzias et les attaques menées dans la région par des conquérants peuls. Pour échapper aux violences et protéger leurs familles, les ancêtres moundang trouvaient refuge dans les montagnes, les marécages ou aux abords des lacs de Léré.
Au fil du temps, cette expression utilisée comme cri d’alerte entre villages s’est transformée en symbole d’unité et de résistance, ce qui relevait autrefois d’une stratégie de survie est devenu l’identité même du peuple moundang, attaché à la préservation de sa culture et de son organisation sociale. D’après les récits historiques, les Moundang seraient originaires des monts Mandara, situés dans l’actuel nord du Cameroun. Progressivement, plusieurs clans se sont regroupés autour du royaume de Léré, fondé au XVIIIe siècle. À la tête de ce royaume se trouvait le Gong, un roi considéré comme une autorité sacrée, garante de la pluie, des récoltes et de l’équilibre du royaume.
Aujourd’hui encore, les traditions moundang demeurent profondément ancrées dans la société. Le peuple conserve sa langue, ses rites et ses cérémonies ancestrales. Parmi les plus importantes figure le Yé Kani, un rite d’initiation masculine organisé tous les sept ans et considéré comme sacré. Plus qu’un simple nom, « Moundang » reflète donc une mémoire collective façonnée par la peur, la résistance et la solidarité. À travers l’expression « Cachons-nous tous », se raconte l’histoire d’un peuple qui, malgré les épreuves du temps, a su préserver son identité, sa royauté et ses traditions.

Par Moustapha KOUNDE.