
Avec la construction de plusieurs échangeurs dans la capitale tchadienne, la circulation s’est modernisée, mais certains trajets sont devenus plus longs pour les motocyclistes. Sur les séparateurs centraux installés pour sécuriser la descente des ponts, des jeunes ont trouvé une activité inattendue : aider les conducteurs à soulever leurs motos pour franchir la barrière, contre quelques pièces. Une pratique devenue pour eux un moyen de subsistance, aussi risqué qu’indispensable.
À certains carrefours de N’Djamena, la scène est désormais familière. Dès qu’une moto ralentit près d’un séparateur central, plusieurs jeunes surgissent du bord de la route. En quelques secondes, ils soulèvent l’engin avec l’aide du conducteur et le font passer de l’autre côté de la barrière.
Ce geste, devenu presque mécanique, constitue aujourd’hui une source de revenus pour ces jeunes. Pour chaque moto soulevée, ils espèrent recevoir environ 250 francs CFA, parfois un peu plus. Une somme modeste, mais qui, répétée plusieurs fois dans la journée, leur permet de gagner quelques pièces pour subvenir à leurs besoins.
La présence de ces jeunes est directement liée aux aménagements routiers réalisés ces dernières années dans la capitale. Les séparateurs centraux installés à la descente des échangeurs visent à fluidifier la circulation et à réduire les risques d’accidents entre les engins descendant des ponts et ceux circulant sur la chaussée. Mais pour certains motocyclistes pressés de raccourcir leur trajet, ces obstacles deviennent une contrainte.
C’est là que ces jeunes interviennent. Postés au milieu du goudron, ils observent la route et se précipitent dès qu’un conducteur semble hésiter. L’opération se déroule rapidement, souvent au milieu d’une circulation dense, ce qui les expose à de nombreux dangers. Ils travaillent à quelques mètres seulement des véhicules en mouvement.
Malgré les risques, beaucoup poursuivent cette activité chaque jour. Faute d’emploi ou d’autres opportunités, ce travail improvisé est devenu une routine quotidienne, un moyen de gagner un peu d’argent dans les rues animées de la capitale.
Entre débrouillardise et danger permanent, ces jeunes ont ainsi transformé les séparateurs centraux de N’Djamena en véritables espaces de travail informel. Si leur activité répond à un besoin de certains motocyclistes pressés, elle pose également la question de la sécurité routière et des alternatives économiques pour une jeunesse qui cherche, avant tout, à gagner sa vie.
Par Moustapha KOUNDE.