
Souvent présentée comme « l’or vert » du Tchad, la gomme arabique occupe une place croissante sur le marché international. Produite dans plusieurs provinces du pays et recherchée par de nombreuses industries, cette ressource naturelle offre d’importantes opportunités économiques. Mais au Tchad, elle reste encore largement vendue à l’état brut, alors qu’une grande partie de sa valeur est créée à l’étranger.
La gomme arabique est utilisée dans plusieurs secteurs, notamment l’agroalimentaire, les boissons, les cosmétiques et l’industrie pharmaceutique. Au Tchad, sa production s’étend dans plusieurs provinces, parmi lesquelles le Ouaddaï, le Biltine, le Batha, le Guéra, le Kanem, le Lac, le Salamat et le Chari-Baguirmi.
Le pays dispose notamment de deux principales variétés : l’Acacia Senegal, particulièrement recherché pour sa qualité, et l’Acacia Seyal, largement utilisé par les industries alimentaires et les fabricants de boissons.
Longtemps dominé par le Soudan, le marché régional de la gomme arabique connaît de nouvelles dynamiques, notamment en raison des difficultés sécuritaires que traverse ce pays voisin. Le Tchad bénéficie ainsi de l’intérêt croissant de nouveaux acheteurs et renforce progressivement sa présence sur les marchés extérieurs.
Selon les données avancées dans le secteur, les exportations tchadiennes connaissent une forte progression, notamment vers la France et les États-Unis. Cette évolution contribue à renforcer la place du Tchad parmi les principaux fournisseurs mondiaux de gomme arabique.
Mais derrière cette performance se cache un défi majeur. Une grande partie de la gomme produite au Tchad est encore exportée à l’état brut. Le pays vend donc principalement sa matière première, tandis qu’une part importante de la valeur ajoutée est créée à l’étranger à travers la transformation, le conditionnement et la commercialisation.
Dans les marchés de N’Djamena, une ressource bien connue
À N’Djamena, la gomme arabique reste également un produit présent dans les circuits commerciaux locaux. Au marché de Dembé, le commerçant Saleh explique les difficultés rencontrées pour se procurer la marchandise.
« Avant, nous achetions la gomme directement auprès des producteurs qui venaient de la brousse, à bas prix. Mais aujourd’hui, nous nous ravitaillons uniquement au dépôt de Sans-Fil, et cela nous revient cher. Après l’achat, nous la trions. Les moins propres sont destinées à l’usage comme encens, le doukane, tandis que les plus propres sont destinées à la consommation », témoigne-t-il.
Selon lui, la gomme arabique est utilisée dans plusieurs pratiques traditionnelles et domestiques. « On l’utilise comme bouillie servie aux femmes justes après l’accouchement. On l’écrase pour soigner les furoncles, pour le traitement de certaines maladies de la peau, des blessures, de la lèpre et de la dysenterie. Les peintres la mélangent à la chaux pour peindre les murs des maisons. Les marabouts l’utilisent pour produire de l’encre et pour durcir le taguier », ajoute-t-il.
La demande, selon le commerçant, reste importante. « Les clients sont nombreux », affirme-t-il. Mais l’approvisionnement et le coût d’achat constituent toujours des obstacles pour les vendeurs.
Son témoignage illustre une réalité plus large. Derrière la gomme arabique se trouve toute une chaîne économique réunissant producteurs, collecteurs, commerçants et exportateurs. Chacun contribue à faire vivre une filière qui reste pourtant encore insuffisamment structurée et valorisée sur le territoire national.
Transformer davantage pour gagner davantage
Face à ce potentiel, les autorités et les acteurs du secteur cherchent désormais à encourager l’investissement et la transformation locale. L’objectif est de faire de la gomme arabique non seulement un produit d’exportation, mais aussi une véritable source d’emplois, de revenus et d’activités industrielles.
Une meilleure organisation de la filière permettrait notamment d’améliorer les conditions d’approvisionnement, de soutenir les producteurs et de développer des unités capables de nettoyer, transformer, conditionner et commercialiser la gomme directement depuis le Tchad.
La gomme arabique constitue déjà une richesse économique importante pour le Tchad, mais son potentiel reste largement sous-exploité. Tant que le pays continuera à exporter principalement la matière première, une grande partie des bénéfices liés à sa transformation restera à l’extérieur. Le véritable enjeu est désormais de transformer cet « or vert » sur place afin qu’il profite davantage aux producteurs, aux commerçants, aux travailleurs et à l’économie nationale. Le défi est donc de passer du statut de fournisseur de matière première à celui d’acteur capable de créer davantage de valeur à partir de sa propre ressource.

Par YEDANG Viviane