
Dans la capitale tchadienne, des jeunes transforment les appareils usés en véritable source de revenus. Entre récupération, débrouillardise et esprit d’entreprise, ils créent de la valeur là où d’autres ne voient que des déchets.
À N’Djamena, l’entrepreneuriat s’invente partout jusque dans les carcasses de machines abandonnées. Dans le 3ᵉ arrondissement, à Kabalaye, un jeune de 18 ans, Mahamat Goni, s’illustre par une activité aussi discrète qu’ingénieuse : la récupération et le démontage d’appareils en panne. Climatisations, ordinateurs, petits moteurs, équipements domestiques… rien n’échappe à ce métier qu’il exerce depuis son enfance aux côtés de son grand frère.
« Quand une machine est en panne, on la démonte pièce par pièce pour récupérer ce qui a de la valeur », explique-t-il.
Au milieu des câbles, des bobines et des serpentins de métal, ce jeune récupérateur sait reconnaître les matériaux les plus prisés : aluminium, cuivre, argent et même quelques fragments d’or présents dans certaines pièces électroniques.
Ces trésors cachés sont ensuite vendus à des collecteurs locaux, qui les exportent principalement vers le Nigeria, où ils seront recyclés ou transformés.
Une filière informelle, mais dynamique, qui fait vivre de nombreux jeunes dans la capitale. « Même si on ne sait pas exactement ce que deviennent ces matériaux, on arrive à bien gagner notre vie. On achète les machines cassées chez les entreprises, dans les villas ou auprès des gens qui viennent les déposer directement », ajoute Goni, le regard fier.
Dans un contexte économique difficile, cette activité montre que l’esprit entrepreneurial trouve toujours un chemin. Ces jeunes récupérateurs rappellent qu’au Tchad, l’entrepreneuriat ne se limite pas aux bureaux ou aux grands projets : il naît aussi dans la rue, dans les ateliers improvisés et au cœur de la débrouille quotidienne.
De Kabalaye aux autres quartiers de N’Djamena, ces pratiques témoignent d’une réalité essentielle : l’entrepreneuriat existe partout où il y a une idée, un besoin et la volonté de créer.
En transformant les machines abandonnées en opportunités, ces jeunes prouvent qu’au Tchad, chaque geste, même le plus simple, peut devenir un métier et un avenir.

Par Moustapha KOI-ASSAL