Agroécologie au Tchad : quand les solutions locales redonnent vie aux sols et créent des emplois.

Achta Abdallah Biney tient à la main un navet qu’elle vient de récolter sur sa parcelle de terrain au Tchad. Ptoho prise par Ibrahima Diane/ HCR

À Kalam-Kalam, au sud de N’Djamena, 35 femmes maraîchères expérimentent une agriculture moins dépendante des engrais chimiques. Grâce au compostage à base de ressources locales, elles réduisent leurs charges et améliorent leurs rendements, donnant un visage concret à la transition agroécologique au Tchad.

À la sortie sud de N’Djamena, dans la localité de Kalam-Kalam, les champs de tomates et de piments racontent une autre manière de cultiver. Ici, un groupement de 35 femmes maraîchères a choisi de réduire sa dépendance aux engrais chimiques importés en misant sur une ressource souvent considérée comme un simple déchet : la matière organique.

Pendant plusieurs saisons, ces productrices ont constaté une baisse de la fertilité de leurs parcelles. L’utilisation répétée d’engrais chimiques, notamment le NPK, avait fini par fragiliser leurs sols. Accompagnées par les agronomes du CEFOD, elles se sont tournées vers une solution entièrement locale : le compostage.

Des déchets transformés en fertilisant

Dans leur unité de compostage thermique, les femmes associent les bouses de vache provenant des éleveurs voisins aux résidus de tiges de sorgho et aux feuilles de Neem broyées. Après transformation, ce mélange devient un compost enrichi, utilisé comme fertilisant et comme moyen naturel de lutte contre certains ravageurs.

Au-delà de l’aspect environnemental, cette pratique présente un intérêt économique direct. Sur une parcelle type, les dépenses consacrées aux intrants peuvent passer de 25 000 FCFA par saison à pratiquement zéro, les matières premières étant disponibles localement. Les premières expériences font également état d’une hausse de 30 % des rendements dès la deuxième récolte, grâce notamment à une meilleure capacité du sol à conserver l’humidité.

Pour ces femmes, le changement ne se résume donc pas à remplacer un produit par un autre. Il s’agit aussi de reprendre progressivement le contrôle sur les ressources nécessaires à leur activité.

Quand l’agriculture devient une source d’emplois verts

Cette dynamique dépasse désormais le cadre de quelques exploitations. Avec le projet ILSA, Initiative pour l’Agriculture Durable au Tchad, l’agriculture durable entend également devenir un levier économique.

Financé à hauteur de 2,9 milliards de FCFA avec l’appui de partenaires internationaux, dont l’Union européenne et le FIDA, le projet ambitionne notamment d’accompagner la création de 150 micro-entreprises vertes portées par des jeunes et des femmes.

L’objectif est de faire émerger une véritable économie autour des bio-intrants et des solutions agricoles locales. Production de compost, fabrication de fertilisants organiques ou encore développement de solutions naturelles de protection des cultures : autant d’activités susceptibles de créer de nouveaux débouchés professionnels tout en réduisant la dépendance aux produits importés.

N’Djamena au cœur de l’économie circulaire

La transition agroécologique concerne également la capitale. À N’Djamena, des initiatives de tri et de valorisation des déchets organiques cherchent à transformer une partie des déchets urbains en compost destiné aux producteurs de la périphérie.

Le principe est simple : ce qui est considéré comme un déchet en ville peut devenir une ressource pour les champs. Une telle boucle permettrait à la fois de contribuer à l’assainissement de la capitale et de fournir aux maraîchers un fertilisant accessible, tout en favorisant les circuits courts.

Cette complémentarité entre ville et campagne ouvre ainsi une nouvelle perspective : produire localement, valoriser les ressources disponibles et rapprocher les lieux de production des consommateurs.

Une réponse aux défis environnementaux

Face à la dégradation des terres et aux effets des changements climatiques, l’agroécologie apparaît de plus en plus comme une piste de résilience pour les producteurs tchadiens. Les initiatives de restauration des terres, notamment à travers des programmes comme Reconnect-IL, s’inscrivent dans cette volonté de préserver les ressources naturelles et de renforcer les capacités des communautés.

L’expérience de Kalam-Kalam montre surtout qu’une transition agricole peut commencer à petite échelle, avec des ressources disponibles autour des producteurs. La bouse de vache, les résidus agricoles ou encore les feuilles de Neem deviennent alors des éléments d’une économie où les déchets d’un secteur peuvent servir de ressources à un autre.

De Kalam-Kalam aux initiatives nationales, une nouvelle approche de l’agriculture se dessine progressivement au Tchad. Elle associe protection des sols, réduction des charges, création d’emplois et valorisation des ressources locales. L’enjeu est désormais de transformer ces expériences en solutions durables et accessibles au plus grand nombre, afin que l’agriculture puisse nourrir la population sans épuiser les terres qui la font vivre.

Photo crédit FAO/TCHAD

Par TOADOUM Christophe

Je n’ai pas le droit sur les images.

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