E-commerce au Tchad : quand le clic affronte le terrain.

Photo d’une femme assise dernirére un mur d’une maison, concentré sur son téléphone.

À N’Djamena, l’engouement de la jeunesse pour le commerce en ligne redessine les habitudes d’achat. Entre le dynamisme des réseaux sociaux et la réalité du quotidien, ce secteur en pleine expansion doit pourtant surmonter d’importants défis logistiques et financiers.

Dans les rues de la capitale tchadienne, le commerce ne se joue plus seulement sur les étals des marchés. Une génération connectée s’empare désormais de WhatsApp, Facebook et TikTok pour acheter et vendre toutes sortes de produits. Si l’intérêt pour le numérique grandit, l’expérience se heurte encore aux contraintes matérielles.

L’accès à Internet, souvent coûteux et instable, réduit la rentabilité des petits entrepreneurs, qui doivent rester joignables en permanence. « On passe des journées entières connectés pour répondre aux clients, mais le coût des recharges Internet mange une grande partie de nos bénéfices », confie Djasragué Florin, vendeur de vêtements en ligne à N’Djamena.

Au-delà de la technique, c’est la confiance entre acheteurs et vendeurs qui fait souvent défaut. Les consommateurs redoutent les arnaques, notamment les demandes de paiement mobile préalable émanant de faux profils. La déception est également fréquente au moment de déballer le colis.

« J’ai déjà commandé une paire de chaussures qui semblait magnifique en photo, mais le produit reçu n’avait rien à voir », raconte Fatimé Alamsou, habituée des achats sur les réseaux sociaux.

De leur côté, les commerçants font face à une insécurité similaire : certains clients passent commande avant de devenir injoignables ou d’annuler leur achat au moment précis de la réception.

Pour rassurer les ménages, le paiement à la livraison s’est naturellement imposé comme la norme. Cette solution déplace cependant la pression sur les livreurs, qu’ils soient employés par des entreprises dédiées ou chauffeurs de « clando ».

Sans cartographie précise ni adressage officiel à N’Djamena, s’orienter relève parfois du parcours du combattant.

« On passe notre temps à appeler le client pour qu’il nous guide par rapport à des maisons, bars ou boutiques. Quand la personne ne décroche plus une fois qu’on est sur place, c’est du temps et de l’essence perdus », explique Emmanuel, livreur à moto dans la capitale.

Malgré ces obstacles, la numérisation des échanges crée de réelles opportunités d’emploi, en particulier pour les jeunes conducteurs grâce à l’émergence des services de livraison et de VTC.

De plus, chaque transaction en ligne déclenche une chaîne économique concrète : elle rémunère le transporteur et pousse le vendeur à se réapprovisionner auprès des grossistes, alimentant ainsi l’économie locale et internationale.

Le commerce électronique tchadien se trouve aujourd’hui à un tournant. Son avenir dépendra de la capacité des acteurs locaux à sécuriser les paiements, à organiser la logistique et à bâtir un lien de confiance durable avec les consommateurs.

Par WIWA Sidonie

Photo crédit WIWA Sidonie

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