
Très tôt le matin ou à la tombée de la nuit, elles installent leurs marmites au bord des rues et devant leurs maisons. À N’Djaména, la vente de bouillie est devenue pour de nombreuses jeunes femmes bien plus qu’un petit commerce : une source de revenus qui leur permet de subvenir à leurs besoins et à ceux de leurs enfants.
À 20 ans, Naomie RIGINA connaît déjà les responsabilités de la vie adulte. Mère de deux enfants, elle vit seule depuis plusieurs années et assume au quotidien les charges de son foyer. Son parcours l’a conduite vers une activité simple, mais devenue essentielle pour elle : la vente de bouillie.
Après la naissance de son premier enfant, Naomie se retrouve sans soutien du père de l’enfant. Les difficultés avec sa famille la poussent à quitter le domicile familial pour louer une chambre. C’est devant cette nouvelle maison qu’elle commence à vendre de la bouillie, avec peu de moyens, mais la volonté de gagner son indépendance.
« Quand j’avais loué cette chambre, je ne faisais que vendre ma bouillie devant la porte. Je faisais aussi des tontines avec mes amis, ce qui me permettait d’économiser pour payer la maison et mes dépenses personnelles », raconte-t-elle.
Quelques années plus tard, Naomie devient à nouveau mère. Le père de son deuxième enfant décède dans un accident, la laissant seule avec ses deux enfants. La petite activité qu’elle avait commencée pour survivre devient alors son principal moyen de subsistance.
Pour elle, vendre de la bouillie ne signifie donc pas simplement gagner quelques revenus au quotidien. C’est aussi une manière de se considérer comme une jeune entrepreneuse. « Aujourd’hui, avec mes deux enfants, c’est mon commerce de bouillie qui me permet de tout faire. Je me vois comme une jeune fille entrepreneuse », explique-t-elle.
Mais Naomie ne compte pas s’arrêter à cette activité. Elle se rend régulièrement à Kousséri pour acheter des chaussures qu’elle revend ensuite à ses connaissances. Elle suit également différentes formations pour diversifier ses compétences. Il y a quelques mois, elle a notamment participé à une formation en couture organisée à Moursal par Miss Kélou Sahel. Elle poursuit actuellement une formation en pâtisserie.
Son parcours illustre une réalité visible dans plusieurs quartiers de la capitale. Pour certaines jeunes femmes, la vente de bouillie représente une porte d’entrée vers l’activité économique. Avec une marmite, quelques ingrédients et un petit espace de vente, elles arrivent à générer quotidiennement des revenus, parfois sans disposer d’un capital important.
Très tôt le matin ou tard dans la nuit, ces vendeuses s’installent pour répondre aux besoins d’une clientèle composée notamment de travailleurs, de commerçants et de personnes à la recherche d’un repas accessible. Derrière ces petits points de vente se trouvent des femmes qui cherchent à financer leur logement, leur alimentation, la scolarité de leurs enfants ou encore leurs propres projets.
La vente de bouillie reste une activité modeste, mais pour certaines jeunes femmes de N’Djaména, elle constitue un véritable outil d’autonomie. À l’image de Naomie RIGINA, elles transforment ainsi une petite affaire quotidienne en première étape d’un parcours entrepreneurial, avec l’espoir de développer demain d’autres activités et de construire une situation plus stable pour leurs familles.
Par M.KOUNDE KOI-ASSAL