CULTURE : quand manger dans la marmite devient une affaire de coutume et d’initiation.

Dans certaines communautés tchadiennes, manger directement dans la marmite est une pratique déconseillée, voire interdite aux hommes ayant été initiés. Une coutume qui se transmet de génération en génération et qui, pour certains, relève du respect des traditions, tandis que d’autres y voient une croyance ancienne qui ne devrait plus s’imposer dans la vie quotidienne.

Dans plusieurs familles, la marmite ne sert pas uniquement à préparer les repas. Elle est aussi entourée de règles et de prescriptions liées aux coutumes. Chez certaines communautés, notamment chez les Sars, un homme ayant reçu l’initiation ne doit plus manger directement dans la marmite. Cette interdiction, qui peut paraître surprenante aux yeux de certains, trouve son origine dans les enseignements transmis au cours de l’initiation.

Pour Koumdjibaye Sébastien, cette règle demeure liée aux secrets de l’initiation. « Chez nous, les Sars, quand tu es déjà initié, tu n’as plus le droit de manger dans la marmite, car cela devient une malédiction. Je ne pourrai pas tout vous expliquer, on ne divulgue pas les secrets d’initiation comme ça », explique-t-il.

Pour certains hommes, cette interdiction est enseignée dès le jeune âge. Les enfants apprennent ainsi que manger directement dans la marmite n’est pas une bonne pratique pour un homme. Dans certaines croyances, cela pourrait même avoir des conséquences sur sa vie ou sa virilité. Ces enseignements, souvent transmis par les parents et les anciens, participent à la conservation des normes culturelles au sein des familles.

Mais ces règles ne font pas l’unanimité. Avec l’évolution des modes de vie, certains hommes remettent en question ces interdits et considèrent qu’ils appartiennent davantage aux croyances anciennes qu’à la réalité actuelle.

Madjiadoum Xavier, lui-même initié en 2010, affirme ne pas adhérer à cette conception. « Nos grands-pères nous ont fait croire à ça alors qu’honnêtement, il n’y a rien. Personnellement, j’étais en brousse, comme on le dit, pour l’initiation. Après mon retour, je mangeais avec mes sœurs, je faisais moi-même la cuisine et je mangeais dans la marmite », témoigne-t-il.

Dans la pratique, les réalités quotidiennes rendent parfois cette interdiction difficile à appliquer. La cuisine étant généralement préparée dans une marmite, certains hommes participent eux-mêmes à la préparation des repas, se servent et mangent directement dans le même récipient, sans considérer ce geste comme une transgression.

Pourtant, dans certaines familles, la tradition reste bien présente. Manger directement dans la marmite lorsqu’on est concerné par cette interdiction peut encore être considéré comme un manque de respect envers les coutumes et les enseignements des anciens.

Entre respect des traditions et évolution des pratiques, cette règle autour de la marmite révèle surtout la diversité des coutumes tchadiennes. Si certains continuent de respecter scrupuleusement les interdits liés à l’initiation, d’autres choisissent de les remettre en question, illustrant le dialogue permanent entre héritage culturel et modes de vie contemporains.

Par M.KOUNDE KOI-ASSAL

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *