N’Djamena : derrière les ventes de terrains, les pièges des démarcheurs.

À N’Djamena, l’achat d’un terrain peut rapidement se transformer en cauchemar pour certains acquéreurs. Dans les zones périphériques de la capitale, notamment vers Toukra et Koundoul, des terrains sont proposés par des démarcheurs qui servent d’intermédiaires entre propriétaires et acheteurs. Mais derrière certaines transactions se cachent des ventes multiples, des documents contestés et des conflits qui opposent ensuite des personnes ayant parfois payé le même terrain.

Dans plusieurs quartiers en périphérie de N’Djamena, des espaces encore inhabités attirent de plus en plus de personnes à la recherche d’un terrain pour construire leur maison. Avec l’extension rapide de la ville, ces zones constituent un marché important pour les propriétaires, les acheteurs et les intermédiaires.

Mais cette activité n’est pas toujours sans risque. Certains acheteurs découvrent, après avoir versé leur argent, que le terrain a déjà été vendu à une autre personne. D’autres se retrouvent face à des documents dont l’authenticité ou la validité est remise en cause. Dans certains cas, les démarcheurs disparaissent après la transaction, laissant derrière eux des acquéreurs qui doivent désormais chercher une solution.

Un terrain vendu deux fois

M. Ndjerabe Ritome dit avoir vécu cette situation. À la recherche d’un terrain du côté de Koundoul, il est mis en contact avec un démarcheur par l’intermédiaire d’un ami.

« Je voulais acheter un terrain vers Koundoul et un ami m’a donné le contact d’un démarcheur. J’avais échangé avec lui et nous sommes allés voir le terrain. C’était bien réel, je voyais le terrain devant moi. Et je vous jure qu’il avait tous les papiers avec le nom du propriétaire », raconte-t-il.

Après plusieurs échanges, les deux parties se mettent d’accord. Mais deux mois plus tard, au moment de revenir vérifier son terrain, la surprise est grande.

« Je suis venu vérifier le terrain et, à ma grande surprise, j’ai vu une plaque avec le nom d’une autre personne. Avec le monsieur en question, nous avons cherché à comprendre, mais je me suis fait avoir apparemment par le démarcheur. Le terrain était bien celui du monsieur, mais il me l’a vendu aussi. Il l’a vendu deux fois », témoigne-t-il.

Selon son récit, le terrain avait déjà été vendu à un premier acquéreur avant de lui être proposé à nouveau. Une situation qui place désormais les deux acheteurs face à un conflit dont aucun ne semblait connaître l’existence au moment de la transaction.

Le démarcheur introuvable

Pour Ndjerabe Ritome, le plus difficile reste l’absence de l’intermédiaire qui lui avait présenté le terrain. Le démarcheur aurait disparu après la découverte du problème.

« Si je devais continuer cette affaire en justice, j’allais perdre, car il avait acheté le terrain avant moi. Le démarcheur a disparu », affirme-t-il.

De son côté, le propriétaire du terrain aurait expliqué qu’il avait simplement confié le bien au démarcheur afin qu’il lui trouve des clients et qu’il n’était pas au courant de la seconde vente.

Cette situation illustre une faille qui peut apparaître dans certaines transactions immobilières lorsque l’acheteur se contente des informations fournies par un intermédiaire sans vérifier directement la situation juridique et administrative du terrain.

Un marché qui exige davantage de vigilance

À N’Djamena, le recours aux démarcheurs facilite souvent la recherche d’un terrain, surtout pour les personnes qui ne connaissent pas les procédures ou les propriétaires. Mais cette facilité peut aussi exposer les acheteurs à des pratiques frauduleuses lorsqu’aucune vérification sérieuse n’est effectuée.

Avant toute acquisition, la prudence devient donc essentielle. L’identité réelle du propriétaire, les documents du terrain, l’historique de la parcelle et la situation de celle-ci auprès des services compétents doivent être vérifiés avant tout paiement définitif.

L’histoire de Ndjerabe Ritome rappelle qu’un terrain peut être réel sans que la transaction soit pour autant sûre. À mesure que N’Djamena s’étend vers sa périphérie, les risques liés aux ventes multiples et aux intermédiaires peu scrupuleux peuvent également se multiplier. Pour éviter de perdre son argent ou de se retrouver au cœur d’un conflit, l’acheteur doit prendre le temps de vérifier la propriété du terrain et de sécuriser juridiquement la transaction. Dans l’immobilier, voir une parcelle ne suffit pas : il faut surtout s’assurer qu’elle appartient réellement à celui qui la vend.

Par M.KOUNDE KOI-ASSAL

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